HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Réflexion sur la médicalisation du corps des femmes

homepage_secretproBien que dans la plupart des pays occidentaux, les luttes féministes ont permis d’acquérir certains droits pour les femmes, comme le droit à la contraception et à l’avortement, il n’en demeure pas moins que ces acquis sont constamment menacés par des mouvements de la droite religieuse et politique. Ces luttes, quoi que nécessaire, ont mis les femmes dans un rôle de gardienne de la reproduction dont elles ont de la difficulté à se défaire. Sans prétendre vouloir cerner le sujet dans ses moindres détails, le texte qui suit se veut une réflexion féministe sur la contraception contemporaine et tout particulièrement sur la question de la responsabilisation dont les femmes sont accablées en ce qui a trait aux techniques anticonceptionnelles.

 

L’histoire est parsemée d’exemples du passé qui ont démontré que la contraception n’est pas une chose nouvelle et que bien avant sa légalisation, les connaissances sur ce sujet se transmettaient de femmes à femmes, traversant ainsi les générations et évoluant au rythme de l’acquisition de nouvelles connaissances médicales concernant le corps féminin. Malgré les idéologies et les religions qui restreignaient l’usage de la contraception, plusieurs moyens contraceptifs (efficaces ou superstitieux) datent de plus de 3500 ans. En Mésopotamie, par exemple, les femmes choisissaient une pierre ronde ou ovale qu’elles s’introduisaient dans le vagin et qui agissait un peu comme un diaphragme. Autour du IIe siècle après Jésus-Christ, certaines femmes introduisaient à l’intérieur de leur vagin des éponges, aussi appelé des « moukh », qui absorbait les spermatozoïdes avant qu’ils ne se fraient un chemin vers l’utérus. Puis, au Moyen Âge, une des croyances populaires couramment répandues affirmait que de cracher trois fois dans la bouche d’une grenouille pouvait permettre d’éviter une grossesse. Ces techniques du passé, malgré leur côté farfelu et leurs lacunes évidentes pour nous, révèlent qu’à cette époque, les connaissances du système reproductif féminin et des moyens techniques étaient très limitées.

 

Plusieurs moyens de contraception sont disponibles aujourd’hui au Québec : il y a le condom masculin et féminin, le stérilet avec ou sans hormones, la pilule contraceptive, la pilule du lendemain, les injections d’hormones, le diaphragme, l’anneau vaginal, le patch, la méthode sympto-thermique et j’en passe. Bien qu’un enfant non désiré peut seulement être conçu par une relation sexuelle entre un homme et une femme, la plupart des moyens contraceptifs sont uniquement d’usage féminin, comme si seul le corps de la femme était reproductif et donc à contrôler. Une responsabilité démesurée est posée sur les épaules des femmes quand on parle de sexualité, car ce sont seulement elles qui peuvent tomber enceinte, et qui par conséquent doivent contrôler leur possible maternité. Pourtant, cette responsabilité a un prix que souvent les femmes doivent payer seules. Les moyens de contraception, telle que la pilule contraceptive, coûtent jusqu’à 20$ par mois lorsque la femme n’est inscrite à aucun régime d’assurance-médicament. Pour ce qui est de la pilule du lendemain, elle coûte entre 20$ et 30$ et doit être accompagnée d’une consultation avec un-e pharmacien-ne. Lors de ces consultations, ces derniers-ères ont le droit de poser des questions très stigmatisantes et responsabilisantes envers les femmes. Nous connaissons bien quelques exemples : « Pourquoi ne t’es-TU pas protégée ? », « Tu ne prends pas la pilule? Pourtant tes assurances la couvrent. », « Est-ce que c’est ton seul partenaire sexuel actuellement ? », « Combien de partenaires sexuels as-tu? » ou « Est-ce que c’était votre premier rapport sexuel ? ». Pourtant, jamais ces questions ne seraient posées à un homme qui s’achèterait des condoms à la pharmacie.

 

homepage_cherie_pilulePourquoi n’y a-t-il pas de pilule contraceptive pour hommes? Ce n’est pas parce que c’est irréalisable d’un point de vue scientifique, mais plutôt parce que la société déresponsabilise les hommes face à la contraception, notamment en leur enseignant que les femmes s’occupent de facto de celle-ci. Par conséquent, ces derniers ne voient pas l’utilité de prévenir une possible paternité. Étant donné que les compagnies pharmaceutiques ne commercialisent pas un produit dont elles ne sont pas convaincues des possibilités de profit, les recherches scientifiques qui s’effectuaient pour le développement d’une pilule masculine ont cessé. Carl Djerassi, qui tentait de rendre disponible la pilule pour homme, affirme que :

« It would be possible to make a male pill today. We know how hormones work and we could use the same principles that are used to make the female [pill]… The problem is that men are afraid to lose their virility. Even if taking a pill carries only a remote chance of impotence, they won’t take the chance ».

« Il serait possible aujourd’hui de rendre disponible une pilule contraceptive pour les hommes. Nous savons comment les hormones masculines fonctionnent et nous pourrions utiliser le même principe qui est utilisé pour la pilule féminine… Le problème est que les hommes ont peur que ça ne leur fasse perdre leur virilité. Même si prendre une pilule ne transporte qu’une infime chance de rendre impuissant, ils ne prendront pas cette chance » [taduction libre].

Dans un tel contexte, les recherches pour une pilule destinée aux hommes ont été arrêtées car les compagnies pharmaceutiques estimaient qu’un tel produit ne serait pas lucratif.

 

Bien que la lutte pour le droit à la contraception fût un gain important pour les femmes des années 1960 et 1970, la pilule les place dans une situation d’asservissement face à la contraception qu’elles doivent assumer seules, et ce, non sans risques. Pourtant, on insiste quotidiennement auprès des jeunes femmes sur l’importance de prendre des moyens contraceptifs hormonaux. Ces techniques, qui sont bourrées d’hormones et parfois dangereuses pour la santé des femmes, sont souvent banalisées par le système médical. La pilule contraceptive est prescrite à partir d’un très jeune âge (dans mon cas, j’avais 13 ans) et dans certaines situations, pour contrer des menstruations douloureuses. Jamais, sinon trop peu de fois, un-e practicien-ne de la santé ne prend le temps de diriger les patientes vers des alternatives naturelles. Malgré les risques que peuvent causer les hormones chimiques, le système médical continue d’en prescrire à de jeunes filles dont le corps est en pleine transformation. Ces produits chimiques peuvent être nocifs pour la santé et même entrainer des conséquences telles qu’un cancer ou des caillots de sang au cœur, comme plusieurs utilisatrices de la pilule Yasmin l’ont vécu.

 

Bref, bien que les femmes se soient libérées du contrôle de l’Église sur leur sexualité, celui-ci a été remplacé par un tout nouveau système de contrôle, maintenant dirigé par la médecine. Beaucoup d’avancées restent à faire dans tout ce qui entoure le domaine de la santé contraceptive pour que tout le poids de la responsabilité de la contraception cesse d’être attribué exclusivement aux femmes. De plus, malgré que les femmes gagnent environ 71% du salaire moyen des hommes (Institut Simone-De Beauvoir), ce sont elles qui financièrement assument le prix d’une sexualité active hétérosexuelle avec coït. Et même si toutes les précautions sont prises, ce seront très souvent les femmes qui devront gérer seules la réalité d’une grossesse non désirée, tant au niveau financier qu’émotif. Il suffit de penser aux interminables journées à espérer la tache tant attendue au fond de nos sous-vêtements pour se rendre à l’évidence qu’il faudra aller exposer sa figure anxieuse devant la caissière de la pharmacie, un test de grossesse à la main.

 

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4 commentaires sur “Réflexion sur la médicalisation du corps des femmes

  1. Camille
    15 avril 2014

    Sujet hyper-interessant que l’on traite trop peut souvent! Merci de nous ouvrir les yeux sur des aspects du féminisme encore trop peu abordé.
    Camile 🙂

  2. Daphne
    16 avril 2014

    Malgré qu’on en entende certains décrier une supposée injustice lorsqu’un homme est demandé de contribuer à la survie d’un enfant non-désiré qu’il a pourtant conçu, il fut considéré plus important de mettre en marché une pilule à créer des érections plutôt qu’une pilule contraceptive pour hommes… Révélateur… En passant messieurs, il n’y a pas d’injustice lorsque le principe de décider en ce qui concerne son propre corps s’appliquent également aux deux parties, ce qui pour vous (heureusement ou malheureusement) se limite (biologie oblige) à décider si vous prenez le risque d’éjaculer dans un vagin ou non. Mais bon, les hommes mettent encore trop souvent l’entière responsabilité de la contraception, donc de la fécondité, sur les épaules des femmes.

    L’autre jour, nous écoutions un reportage au sujet d’un orphelinat en Haiti. On nous présentait une femme qui devait y confier son 5ème enfant, n’ayant pas les capacités de subvenir à ses besoins. Un homme de ma famille fit la remarque ‘pourquoi ces femmes font-elles tant d’enfants si elles ne peuvent s’en occuper?’. Oui, ces femmes! Bien sûr, je suis partie dans une tirade sur l’accès à la contraception pour les gens pauvres, sur le viol qui n’est pas une chose rare, sur le fait que des hommes profitent sexuellement de femmes vulnérables en mode survie, etc. Enfin, ce ne sont généralement pas les femmes qui, jouissant tant de la pénétration, sont prêtes à faire fi des risques et intimident de pauvres hommes à y prendre part. Bref, j’ai rappelé à monsieur que l’immaculée conception n’existe pas en Haiti et que les hommes sont encore plus responsable de cet état de fait que le sont les femmes. Il a dû avouer que j’avais raison mais tout de même, ce réflexe de blâmer les femmes pour grossesse non-désirée est tenace, et révélateur…

  3. Manon
    22 avril 2014

    Ils en parlent tellement peu souvent que je n’étais meme pas au courant ! Le choix de se proteger ainsi devrait etre aussi possible pour les hommes, meme si les préservatifs restent la meilleure protection, il reste toujours un risque alors pourquoi ce serait aux femmes de penser a tout ? 😉

  4. laplumerousse
    6 mai 2014

    J’ai fait le choix de ne plus prendre de contraception il y a quelques années déjà. J’en ai averti mon conjoint et J’AI acheté une boîte de préservatifs avec MON ARGENT en lui disant que dorénavant c’était à lui de prendre cette responsabilité et de garder en tête que l’avortement était une option à oublier.
    Résultat : la boîte est toujours à l’état neuf, je suis enceinte de notre deuxième enfant et JE suis considérée comme la traîtresse qui est tombée enceinte alors qu’il ne voulait pas d’enfant. Pourtant je ne l’ai jamais violé, ce « pauvre homme ».
    Il y a comme un malaise, oui…

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Cette entrée a été publiée le 14 avril 2014 par dans Santé, et est marquée , , , , , , .
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