HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Ta Coiffeuse: Briser le sexisme ordinaire sur Internet à grands coups de sacoche Hermès

 

10273406_10152349987921351_5523315588016884744_oUn prénommé Alejandro, chroniqueur pour tonbarbier.com, se décrivant sur sa page biographique comme quelqu’un ayant les femmes comme «véritable préoccupation» et « l’œil toujours éveillé et scrutant les faits et gestes de toutes les femmes qui composent son univers», faisant son chemin  «dans une vie où péripéties riment incontestablement avec amour et sensualité» et «émerveillé devant la beauté de la gente féminine»[1] a publié hier un texte conseillant à ses bros comment rompre avec une femme tout en restant gentleman. L’on pourrait s’attendre à un petit guide sur comment-ne-pas-être-un-lâche-et-faire-la-job-comme-du-monde-avec-respect, mais il n’en est rien du tout. Au contraire, son texte transpire de préjugés et stéréotypes ancestraux en plus de faire l’apologie de la misogynie et du sexisme.

 

Quelques débats enflammés sont déjà en cours dans la section commentaires du texte ainsi que sur Facebook. Alors que certaines remarquent sur la page de Ton Barbier[2] que le texte empeste de sexisme (apologie d’un comportement typiquement «mâle», utilisation de stéréotypes sexuels) et de misogynie (se vanter de ne pas respecter les femmes), d’autres, incluant l’auteur, défendent le texte en faisant appel notamment au couvert de l’humour et d’un second degré, que nous, femmes, n’aurions pas réussi à comprendre.

 

904516_10152349987996351_6570523921534001979_oPlusieurs extraits du texte nous interpellent. Dans son ton général, il est curieux de constater qu’il se dégagerait un consensus masculin, entre « gentlemen urbains », que les filles ne verront rien à la ruse et se laisseront duper. On dirait qu’il s’agit d’un récit de chasse où des conseils universels sont partagés afin de prendre la petite biche innocente au piège. C’est le même pattern, digne d’une mauvaise comédie américaine, qui se répète : alors que la femme aime le sexe, elle a la fâcheuse habitude d’être affectueuse. Combien de fois nous a-t-on répété que les «filles» cherchaient le prince charmant alors que les hommes voulaient multiplier les conquêtes? Alors que Ton Barbier est une plateforme intéressante, l’on constate que ce texte en particulier ne fait que véhiculer des idées rétrogrades. L’auteur semble croire que la bonne conscience s’achète tout simplement à coup de croissants et de jolis cafés. Plutôt que de vouloir traiter la « demoiselle » avec honnêté, l’auteur affirme pourtant vouloir seulement en créer l’illusion. À quoi bon être respectueux si l’on peut seulement faire semblant de l’être, elle n’y verra que de la poudre aux yeux! Cela fera une bonne histoire à raconter à ses wing men en bombant le torse, ou encore à son barbier lors du prochain rendez-vous.

 

Il semble que pour l’auteur, pour être un gentleman ou, dans un language plus moderne, un homme décent et respectueux, il suffit de fréquenter de beaux endroits, de prendre les décisions lorsque vient le temps de choisir un restaurant, d’ouvrir la porte et de payer l’addition: « après tout, tu vas quand même payer pour elle une dernière fois, non?». Il lui coûterait résolument moins cher de simplement clarifier les termes de la relation plutôt que d’attendre qu’elle occupe un peu trop de place autour de son lavabo et ensuite devoir la crisser-là en grandes pompes dans Outremont. Remarquons que le texte se veut à la base une critique de la Croissanterie Le Figaro, pourtant, au sujet de la nourriture, l’on nous apprend uniquement que les croissants sont au beurre.

 

Ce qui est nocif dans ce texte, ce n’est pas que l’auteur veule fréquenter sans attaches ou se sortir d’une relation qui ne lui convient plus. C’est plutôt la façon dont il procède pour arriver à ses fins et le fait qu’il se vante de ne pas respecter la « demoiselle » en question : « et tu verras, plusieurs années plus tard, dans ses souvenirs du moment, cette fille aura quand même l’impression d’avoir été traitée avec respect.» De plus, le stéréotype du mec-qui-veut-baiser et de la fille-qui-tombe-en-amour est véhiculé à tour de bras. L’article est avant tout un exemple parfait de sexisme ordinaire. En banalisant le manque de respect sous le couvert de l’humour et en appelant à prendre le tout au second degré, l’on normalise un comportement qui est à la base extrêmement problématique, en plus de reproduire des inégalités basées sur des valeurs dépassées.

 


 

1La page d’Alejandro

2 – Les commentaires sur la page Facebook Ton Barbier ont été effacés mercredi soir.

 

 

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2 commentaires sur “Ta Coiffeuse: Briser le sexisme ordinaire sur Internet à grands coups de sacoche Hermès

  1. pedro
    24 avril 2014

    Somme toute, fuck that shit Alejandro!

  2. Daphne
    27 avril 2014

    Comment faire magiquement disparaître le sexisme et la misogynie grâce à quelques petits tours de sémantique? Le sexisme devient de l’humour, l’objectivation devient de l’art et la violence, de la liberté d’expression.

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Cette entrée a été publiée le 24 avril 2014 par dans Débats, et est marquée , , , .
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