HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Le travail au noir: un outil d’exploitation des femmes précaires

 

sexualharassmentatwork
Je n’aurais jamais cru me retrouver dans une position où je me vois accepter un emploi au noir, dans des conditions d’embauche pour le moins très douteuses. Dès le début de cette histoire, il était évident que d’accepter cet emploi causerait probablement plus de désavantages que de bénifices. Je ne suis pas dupe. Mais je me retrouvais dans une position financière où il était préférable de prendre le risque, car j’avais vraiment besoin de l’argent. Après une année catastrophique, des troubles de santé qui m’ont contrainte à prendre une pause dans mes études et plusieurs mois de recherche d’emploi peu fructueux, je ne pouvais tout simplement pas lever le nez sur cette occasion, même si elle était loin d’être idéale, voir même sécuritaire. Et c’est comme cela qu’en l’espace d’une semaine, je me suis retrouvée dans un rapport d’exploitation que vivent des millions de femmes. Au contraire d’elles, j’ai eu le privilège de m’en sortir très rapidement.

 

Bien que je vis de multiples oppressions (de sexe, de couleur de peau et de classe) sur une base quotidienne, je suis une citoyenne canadienne de naissance, je réside en Occident et j’ai un numéro d’assurance sociale. J’ai toujours eu des emplois précaires au salaire minimum depuis l’âge de 16 ans, mais j’ai toujours été protégée par les normes du travail. J’ai même déjà été syndiquée! Ce n’est pas le cas de milliers de femmes immigrantes au Canada qui sont prises avec d’insurmontables barrières financières, de langue et de citoyenneté qui les restreignent au marché du travail au noir pour de longues périodes, voire même pour toute une vie. Cet univers se situe en parallèle de la loi, en marge du bons-sens et fonctionne sur une base qui ne permet aucune sécurité financière ni aucune sécurité physique.  En dehors de l’abri des normes du travail, tout est permis. Harcèlement sexuel, abus de pouvoir, non-respect des conditions d’embauche verbales, dépassement des tâches à effectuer. Comment dire non à un employeur qui peut vous mettre à la porte n’importe quand si vous ne faites pas ce qu’il vous demande? La promesse de la paie sous la table, en argent comptant, vous fait endurer et accepter tous ces débordements. L’employeur non plus n’a aucun recours contre vous, il doit trouver des employé.e.s fiables à qui il peut faire confiance avec son commerce et sa marchandise. Il dit qu’il vous fait confiance, vous fait de nombreux compliments sur votre façon de travailler; vous croyez donc que vous pouvez lui faire confiance également et que la paie arrivera au moment convenu. Mais le jour venu, elle n’arrive pas. Vous ne pouvez pas quitter, sinon vous ne verrez jamais cette paie pour le travail déjà effectué. Vous continuez à travailler, mais la paie n’arrive toujours pas. L’employeur décide de changer les modalités comme bon lui semble. 12$ de l’heure? Non, maintenant c’est 10$. Paie en argent comptant à chaque jour? Désolé, c’est impossible cette semaine. Ce sera le jeudi seulement. On vous demande d’en faire plus. On vous fait des avances qui vous rendent inconfortable. Qui vous font craindre pour votre sécurité physique. Vous les repoussez, mais elles se multiplient. C’est rendu insupportable.

 

C’est à ce moment que j’ai quitté et que j’ai exigé ma paie. J’ai dû me battre, endurer du chantage, des insultes, des cris et du harcèlement téléphonique à des heures incroyables jusqu’à ce que cette foutue paie me revienne. Mais je l’ai eue, finalement. Je suis chanceuse en ce sens. J’ai pu quitter un emploi au noir, car je sais qu’éventuellement, j’en trouverai un autre plus convenable, légal et protégé par les normes du travail. Mais que faites-vous si vous n’avez pas accès à cette sécurité? Si vous ne maîtrisez pas assez bien le français pour comprendre toutes les subtilités du chantage et du harcèlement dont fait preuve votre employeur? Si vous ne pouvez pas quitter, car ce sera seulement pour un autre emploi au noir qui sera peut-être pire que celui-ci? Si votre employeur vous menace de vous dénoncer à l’immigration si vous quittez? S’il connaît votre adresse et peut très bien se présenter quand bon lui semble pour continuer son harcèlement sexuel?

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 21 octobre 2014 par dans Actualité, Coups de gueule, Débats, et est marquée , , , , , .
%d blogueurs aiment ce contenu :