HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Rugissements contre les agressions!

Les Hyènes en jupons appuient les dénonciations!

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Crédit : Zola

La semaine dernière, les Hyènes ont reçu une mise en demeure pour avoir relayé, dans un article sur leur site, des dénonciations d’agressions sexuelles. Par peur de poursuite et pour préserver notre sécurité physique, certaines actions ont été entreprises. Le présent texte vise à faire part de nos réflexions suite à cet événement et d’inscrire le tout dans une perspective plus large et politique en lien avec la vague de dénonciations des dernières semaines.

Tout d’abord, mea culpa aux survivantes qui ont dénoncé leurs agresseurs. Nous ne sommes pas les seules à avoir reçu des ménaces légales depuis les derniers jours et les dernières semaines et nous reconnaissons que nous aurions dû faire preuve de plus de solidarité plutôt que de craquer sous celles-ci. En ce sens, nous assistons à une nouvelle vague de judiciarisation qui a visiblement pour objectif de museler le mouvement de dénonciation et de faire taire les femmes qui ont vécu des agressions.

À qui profite le système de justice?

Depuis que des femmes ont pris la parole pour dénoncer les agressions à caractère sexuel qu’elles ont vécues, les accusés – des hommes de divers milieux (groupes militants, associations étudiantes, médias conventionnels et alternatifs, réseaux sociaux, syndicats, etc.) – ont utilisé des mises en demeure et des poursuites pour faire taire ces histoires. Malheureusement, cette judiciarisation s’ajoute au harcèlement et aux menaces que plusieurs vivent ou ont vécu dans la sphère privée en lien avec leur dénonciation.

Ces recours juridiques émis à travers les mécanismes officiels sont considérés comme plus légitimes par la société et permettent de remettre en question la parole des femmes qui dénoncent leur-s agresseur-s. C’est ainsi que l’utilisation, par l’agresseur, de la voie judiciaire, perçue comme une avenue crédible, peut avoir comme effet de semer le doute quant à sa culpabilité face aux gestes reprochés. À ce sujet, Lucile Cipriani a bien décrit ici le pouvoir que les hommes détiennent sur ces situations, principalement lorsqu’il s’agit de personnalités publiques.

Cette utilisation de la justice pour faire taire la version des survivantes illustre bien que nous vivons dans une société patriarcale où la loi permet de reproduire les inégalités. Ce contexte s’ajoute au climat de peur qui entoure les situations de violences sexuelles. Il faut reconnaître que la dénonciation d’une agression prend du courage et de la force, alors qu’envoyer une mise en demeure ou intenter une poursuite ne requiert que des moyens financiers, du pouvoir symbolique et la possession de privilèges en sa faveur. Toutefois, pour la plupart, l’usage de moyens juridiques a davantage de légitimité que les dénonciations. Or, tel que mentionné plus haut, les enjeux d’une dénonciation sont bien plus complexes que ce rapport dichotomique bon/mauvais – légitime/illégitime.

Nous pourrions croire que nos milieux pro-féministes sont exempts de ces dynamiques puisqu’il est commun d’y être critique du système juridique. Pensons par exemple aux réactions de nos camarades lors des poursuites-bâillon menées par les grandes entreprises, des injonctions contre les étudiant-e-s, les travailleurs et les travailleuses, des procès pour le droit de manifester, des processus de déontologie policière, des nominations partisanes de juges, etc. Toutefois, lorsque ce système est utilisé pour faire taire une survivante et ses alliées en lui faisant de nouveau violence, il semble soudainement légitime.

scrrenshotFinalement, il est à noter que le système judiciaire n’est pas l’unique complice de la culture du viol. Les publications des derniers jours nous ont montré que les médias peuvent être des plateformes qui discréditent les dénonciations et la parole des femmes. Cela s’accompagne souvent de commentaires d’anti-féministes et de réactionnaires qui remettent en question la parole, voire les droits, des survivantes. Ce backlash est apparu dans les médias sociaux durant la dernière semaine, où nous pouvons désormais lire plusieurs commentaires qui blâment, ridiculisent et même menacent de viol les survivantes qui viennent de briser le silence au sujet d’une agression.

 

Les mises en demeure : comment réagir?

Les Hyènes proposent quelques suggestions en cas de réception d’une mise en demeure à la suite d’une dénonciation ou d’un témoignage:

  • Se rappeler que la mise en demeure est un outil pour faire peur;
  • Penser à se protéger et se sentir en sécurité;
  • Prendre le temps de consulter des personnes de confiance, soit des juristes ou un-e spécialiste, pour comprendre toutes les implications de la mise en demeure plutôt que de plier rapidement sous le coup de la panique, ce qui peut constituer un aveu de culpabilité. Comme les délais ne sont pas un ordre de la cour, il est possible de prendre le temps nécessaire pour s’informer sur ses droits avant de réagir;
  • Si vous faites partie d’une organisation ou si vous êtes plusieurs impliqué-e-s, prendre le temps d’en parler avec tout le monde afin de s’assurer d’avoir l’avis de toutes et d’avoir eu l’occasion de discuter adéquatement de tous les enjeux liés à cette mise en demeure avant de réagir;
  • Ne pas oublier que les abus et les violences envers les femmes sont des enjeux qui sont fondamentalement politiques et collectifs. En fonction de la situation, une réaction politique, plutôt que juridique, peut être appropriée.

Faits intéressants sur les mises en demeure

  • C’est la personne qui a envoyé la mise en demeure qui doit prouver qu’elle a été bien reçue par la partie adverse. Il peut ainsi être plus difficile d’en prouver la réception si elle n’a pas été envoyée par courrier recommandé ou par l’entremise d’un huissier.
  • Le délai indiqué dans une mise en demeure doit être raisonnable en fonction de ce qui est exigé aux personnes ciblées. Il peut donc arriver que même si les mises en demeure imposent un délai, celui-ci ne soit pas légitime. Il est mieux de se renseigner légalement à ce sujet avant de prendre peur et d’agir dans l’urgence.
  • Une mise en demeure n’implique pas nécessairement que la personne qui l’a envoyée va entamer des poursuites judiciaires par la suite.

Pour plus d’informations : Justice Québec

 

Pourquoi dénoncer?

o-SEXUAL-ASSAULT-CANADA-570Face aux difficultés des femmes à porter plainte et à faire reconnaître la culpabilité de leur-s agresseur-s dans le système de justice officiel, de nombreuses survivantes choisissent de formuler des dénonciations en dehors du cadre légal. Plusieurs raisons expliquent que si peu d’agressions sexuelles aboutissent à la condamnation de l’agresseur. D’abord, il faut porter plainte à la police et fournir certaines preuves. Les policiers peuvent alors se permettre de faire subir un interrogatoire à la survivante en lui demandant plusieurs fois sa version des faits, en insistant sur certains détails et en remettant en question l’absence de consentement de la survivante : « Avais-tu déjà eu des relations sexuelles avec lui? », « T’a-t-il forcée? », « L’as-tu repoussé? », etc. D’autres questions servent à ébranler sa crédibilité ou encore à la blâmer : « Avais-tu bu? », « Es-tu certaine? », « Que portais-tu? », « Que faisais-tu dans ce bar? »

Il faut ensuite se rendre rapidement à l’hôpital pour être examinée afin que le médecin trouve des preuves. Il est à noter que plusieurs agressions sexuelles ne laissent pas de preuves physiques, par exemple si l’agresseur a utilisé un contraceptif, s’il n’y a pas eu éjaculation ou s’il y a absence de marques laissées par la violence physique. De plus, une femme qui vient de vivre un traumatisme sexuel peut être incapable de se retrouver nue et se faire examiner par une personne inconnue quelques heures après l’agression. Lorsqu’une femme porte plainte plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard, les policiers demandent fréquemment pourquoi elle n’est pas venue avant; ainsi, ils présument que si elle tente de porter plainte maintenant, c’est qu’elle a des « motifs », des désirs de vengeance ou qu’elle n’a pas accepté une rupture. Enfin, plusieurs femmes n’ont pas confiance envers la police, suite à des expériences de racisme, de répression politique, d’agressions ou autres.

Après l’étape de la plainte à la police, seule une minorité d’agresseurs est accusée et reconnue coupable. Lors du procès, la survivante est interrogée à plusieurs reprises et elle doit raconter son témoignage plusieurs fois sans se tromper, et ce, malgré le traumatisme vécu. Ces procédures peuvent prendre plusieurs années, pendant lesquelles la survivante doit continuer à porter la charge de l’agression. De plus, la participation à un procès nécessite des fonds pour obtenir les services d’un-e avocat-e et du temps pour assister aux comparutions. Cela implique de manquer le travail ou des cours, ce que ne peuvent pas se permettre plusieurs femmes, particulièrement celles vivant dans des conditions précaires. Enfin, le système judiciaire permet seulement de criminaliser ou de punir l’agresseur alors que la survivante n’a pas de pouvoir sur le déroulement du procès, sur le verdict, ni sur un possible processus de réhabilitation.

Devant tous ces obstacles, la dénonciation en dehors du système de justice permet de nommer un problème qui serait autrement resté dans le privé. Une dénonciation peut être faite de manière publique (par exemple, sur les médias sociaux), tout en ayant un choix sur la révélation ou non de l’identité des individus. Certaines choisissent de publier un témoignage qui nomme directement l’agresseur. Lorsqu’un nom est donné, il est important de se questionner sur l’objectif de ce processus. Plutôt que de crier au lynchage et à la vengeance, ou encore à un supposé désir de miner la réputation d’une «personnalité» publique, nous estimons que ces informations peuvent permettre d’avertir les autres femmes qui côtoient l’homme dénoncé. Le fait d’en discuter brise aussi le tabou et le silence qui entoure habituellement les agressions. Même si certaines préfèrent ne pas dénoncer publiquement leur-s agresseur-s, il est possible d’en parler avec des personnes de confiance de son entourage; plusieurs femmes ayant vécu des expériences semblables, il est ainsi possible de se faire des alliées autour de soi pour mieux affronter ces situations.

Contrairement au système de justice qui peut mettre plusieurs années avant de donner un verdict, la dénonciation, lorsqu’elle est faite dans un milieu dit pro-féministe, peut donner des résultats beaucoup plus rapidement. Dans un premier temps, la survivante peut formuler des demandes à l’agresseur, par exemple de ne plus côtoyer certains lieux (de travail, de vie sociale, etc.) qu’elle fréquente aussi. Nous estimons qu’il faut cesser de penser à la « liberté des agresseurs » avant la sécurité des survivantes. Ce n’est pas à elles de s’empêcher d’aller à certains événements ou de fréquenter certains espaces par crainte de croiser leur-s agresseur-s.

Lorsqu’il y a une ouverture de la part de la survivante et de l’agresseur, un processus de justice transformatrice peut être mis en place. La justice transformatrice « se base sur l’idée que ce qui compte pour stopper la violence n’est pas tellement la punition de faits interdits par la loi, mais qu’il y ait reconnaissance, responsabilité et réparation. Victime et auteur, ainsi que toute la communauté, peuvent et doivent changer pour que dans le long terme, les faits interdits n’aient plus lieu » (Garance). La première étape est donc, pour l’agresseur et pour la communauté, de prendre connaissance des dénonciations, mais surtout la reconnaissance des faits reprochés. Il arrive souvent que la nouvelle soit très difficile pour la communauté et que cette dernière ait tendance à se tourner vers le déni. L’idée est que lorsqu’une agression survient dans un milieu, il ne s’agit pas seulement d’un problème entre deux individus, mais bien un échec de la communauté à assurer un espace sécuritaire pour tous et toutes. En ce sens, contrairement à un procès qui n’implique que les deux individus et le personnel juridique, la justice transformatrice permet d’impliquer les membres d’un milieu social ou militant.

 

Penser à soi lorsque l’on dénonce

Les survivantes qui dénoncent une agression le font souvent après un long processus de réflexion. Celles qui choisissent finalement la dénonciation ont dû réfléchir à plusieurs éventualités pouvant faire suite à celle-ci, particulièrement si elles croient que leur sécurité pourrait être compromise ou si elles ont des raisons de craindre du harcèlement, de l’intimidation et/ou des représailles de la part de leur-s agresseur-s.

Ces réflexions peuvent être :

  • Évaluer le danger et les possibilités de représailles et de harcèlement;
  • Protéger son identité si nécessaire;
  • Considérer le risque de menaces à domicile si l’agresseur connaît ou peut trouver le lieu de résidence;
  • Examiner les possibilités d’isolement ou d’exclusion si la survivante fait partie du même entourage que l’agresseur;
  • Envisager la possibilité que l’entourage de l’agresseur participe aux représailles et à l’intimidation;
  • Demander l’aide de personnes de confiance pour protéger sa sécurité physique et mettre en place les mécanismes de défense et de protection avant la dénonciation.

Il est légitime de ne pas passer par le système de justice et de choisir la façon de dénoncer qui nous convient le mieux, que celle-ci soit à l’intérieur ou bien en marge du système existant. Il est important de penser à soi et de se respecter durant tout le processus. Quant aux personnes présentes dans l’entourage de la survivante et de l’agresseur, nous leur rappelons l’importance de faire confiance à celles qui dénoncent.

Ressources et soutien

Pour dénoncer les agressions sexuelles ou chercher du soutien, il y a plusieurs groupes vers lesquels les survivantes peuvent se tourner :

 

Manifeste des hyènes solidaires

Parce que les Hyènes sont solidaires des survivantes qui dénoncent leurs agresseurs;
Parce que le système judiciaire est accessible surtout à ceux qui ont des moyens financiers;
Parce que la dénonciation publique n’est pas toujours sécuritaire pour les survivantes;
Parce que plusieurs Hyènes sont elles-mêmes des survivantes;
Parce que la police et les tribunaux ne sont pas nos alliés;
Parce qu’une agression sexuelle ne laisse souvent aucune trace pouvant être utilisée comme « preuve »;
Parce qu’il faut maintenir et protéger les espaces sécuritaires en marge des institutions;
Parce que le backlash est réel;
Parce que nous sommes nombreuses et anonymes;
Parce que nous n’aurons pas la chienne une deuxième fois;
Parce que nous rugissons et avons le museau fin;
Les Hyènes continueront à dénoncer les agresseurs et à soutenir les survivantes!

À BAS LA CULTURE DU VIOL, À BAS LE PATRIARCAT, À BAS LES MENACES JUDICIAIRES, À BAS LE MUSELLEMENT, À BAS LES RAPPORTS DE DOMINATION !

RAWWWRRRRR !

 

 

Parce qu’il n’y a pas de place pour les commentaires anti-féministes, misogynes et sexistes sur le blog des Hyènes en jupons, nous vous rappelons que cette plateforme est modérée et qu’aucune menace ou commentaire désobligeant ne sera toléré.

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4 commentaires sur “Rugissements contre les agressions!

  1. Matante Aldéhyde-Cétone
    11 novembre 2014

    Rendre accessible le processus de dénonciation et expliquer la possibilité de le faire en dehors du système judiciaire: je suis, une fois de plus, ému par la qualité, la nécessité et la précision de vos textes!

    Contrairement à plusieurs textes lus sur le site d’organismes qui se revendiquent de «venir en aide» aux personnes victimes d’agressions sexuelles, votre texte n’est pas qu’une pâle copie des protocoles d’accompagnement des travailleurs/travailleuses sociaux/sociales. J’aime particulièrement le fait que, plutôt que de seulement dénoncer un problème, que vous apportiez des conseils, des ressources et des pistes de réflexion qui collent avec la réalité.

    D’autre part, je crois que ça fait déjà quelques textes dans lesquels vous mentionnez «espace sécuritaire» (souvent appelés «safe-zone») en soulignant l’utilité de cette idée et qu’il est essentiel de l’assurer pour une survivante, et je suis de votre avis. Toutefois, malgré des recherches que je fais à temps perdu depuis quelques années à ce sujet, je ne trouve souvent rien de très clair ou qui explique explicitement ce que c’est, quels en sont les fonctions, à quel(s) niveau(x) est-ce que ça doit être appliqué, etc. On conclut souvent la recherche en n’ayant que l’adresse de certains espaces sécuritaires existants dans des grandes villes, ce qui n’est pas très évident pour quelqu’un qui vit en région comme moi. Je trouve ça malheureux, surtout parce que j’aimerais pouvoir concrétiser cette idée dans mon milieu.

    J’imagine qu’avec les polémiques qui se suivent depuis quelques semaines, vous avez déjà largement de sujets sur lesquels écrire, mais je vous lance l’idée quand même: je crois qu’il serait pertinent que vous fassiez un article sur ce qu’est un espace sécuritaire.

    Comment le créer? Quels sont ses fonctions? Quels en sont vos expériences? De quoi doit-on s’assurer avant de l’annoncer? À quel public doit-on le proposer? Y autorise-t-on la présence d’hommes? Y a-t-il des risques à prendre? Doit-on s’assurer de connaissances rudimentaires? Est-ce que ça se fait chez soi, dans un local publique ou est-ce une culture à développer? etc. Bref, clarifier ce qu’est un espace sécuritaire et rendre ce concept accessible comme vous savez si bien le faire. Il s’agit, bien entendu, d’une suggestion.

    En attendant, bonne continuité! J’ai bien hâte de vous lire à nouveau!

    Cordialement,
    – Matante Aldéhyde-Cétone

  2. Ping : Le backlash | HYÈNES EN JUPONS

  3. L'épicène
    4 décembre 2014

    Merci les Hyènes ! En découvrant votre belle démarche, j’ai finalement réussi à dénoncer mon agresseur. Il m’a fallu deux mois, deux mois pendant lesquels mes collègues étaient en danger à cause de mon silence. Mais maintenant ce type est bien recensé et il ne trouvera plus de proie pour ses petits jeux. Et nous avons bien l’intention, toutes ensemble, de ruiner la réputation de cette ordure comme il le mérite. Merci pour le courage. Merci pour l’espoir.

    • Hyène en jupons
      4 décembre 2014

      Nous sommes heureuses de savoir que par nos textes, nous avons pu t’encourager à le dénoncer! ❤

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