HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Petit guide pour éviter le sexisme ordinaire sur Facebook

Vous êtes un jeune homme et vous avez tendance à produire des publications qui participent du sexisme ordinaire ou de la culture du viol sur Facebook ? *

 

privilege-denying-dude1Vous vous sentez un allié des féministes tout en vous faisant souvent remettre à votre place par les plus virulentes et radicales d’entre elles ? Vous êtes maladroit et votre bonne foi s’étiole dans les ressacs des multiples théories féministes aussi changeantes que les créatures maléfiques qui en sont les auteures ? Vous voudriez pouvoir être vous aussi admiré comme un proféministe accompli parce que sounds good pour se pogner des filles ? Vous avez manifestement beaucoup de chemin à faire, voici donc quelques pistes pertinentes pour vous aider à comprendre pourquoi on ne vous considère pas comme un proféministe et pour vous aider à vous en sortir.

 

D’abord, cessez de vouloir être proféministe sur Facebook et soyez un proféministe dans chacun de vos gestes.

 

La place des hommes dans le mouvement féministe peut susciter un inconfort. D’abord, parce que cette place exige la reconnaissance de la domination masculine, des privilèges qui viennent avec et d’un travail permanent pour ne pas en abuser, alors que vous êtes… un homme. Si jamais l’idée de vous victimiser par rapport à cet inconfort vous titillait, essayez de le mettre en perspective. Dites-vous que toute femme vit l’inconfort de l’oppression quotidienne, d’être constamment renvoyée à son sexe dans une société où le patriarcat l’instrumentalise, de devoir remettre en question chaque geste qu’elle pose comme autant d’habitus issus d’une socialisation répressive. Devant la critique féministe, soyez ouvert et à l’écoute, abandonnez votre attitude défensive et votre angoisse de persécution. Par exemple, si vous avez une tribune et que vous voulez parler de féminisme — comme votre rôle n’est pas d’expliquer aux féministes comment elles voudraient être appuyées par les hommes dans la lutte féministe (geste paternaliste), mais d’appuyer leur parole —, la meilleure chose que vous puissiez faire reste encore d’offrir votre espace de parole à une féministe, le temps d’une entrevue, d’un article, d’un dialogue en tout cas. Vous vous éviterez ainsi l’inconvénient de mansplainer.

 

Rappelez-vous : si vous vous sentez castré comme un programme social en pleine mesure d’austérité parce que votre proféminisme exige que vous remettiez en question des comportements tyranniques, vous ne pouvez pas vous autoproclamer proféministe.

 

The best way to be misogynistic today is to COVER IT UP!

 

Sous le couvercle d’une question telle que : « La valorisation sexuelle de telle vedette américaine est-elle une instrumentalisation crasse d’une industrie machiste ou bien le renforcement positif d’une entrepreneure forte qui accepte sa sexualité dans le cadre plus complet d’une identité affirmative et fière ? » Vous vous demandez plutôt : « En gros, est-ce que je partage le clip de Beyoncé en bobettes? » Vous êtes probablement un indécrottable sexiste qui s’ignore. Ne vous en faites pas, vous n’êtes pas seul.

 

Votre fausse hésitation intellectuelle n’est pas proféministe, elle exploite une zone floue de la critique féministe entre le droit à l’autodétermination et le fondement patriarcal du capitalisme qui, au final, vous amène à une réification du féminisme. L’autodétermination est primordiale dans toute lutte qui relève de l’oppression. Or, lorsqu’elle s’exprime en fonction d’une marchandisation (du corps), elle n’est cohérente que dans un ordre capitaliste des choses. Comme le capitalisme fonctionne sur un mode largement oppressif et inégalitaire, il y a nécessairement un écart critique entre la légitimité de disposer de son corps comme on l’entend et l’image érotisée du succès au féminin telle que véhiculée par le capitalisme. En hésitant entre le machisme de l’industrie du divertissement et le rappel d’un succès qui passe par l’érotisation de la réussite sociale des femmes, vous proposez un faux dilemme dont la résolution aboutit dans une chosification du féminisme populaire. Tout ça pour dire, si la question réelle que vous vous posez est : vais-je pouvoir me justifier en tant que proféministe si je partage un clip de Beyoncé dans lequel elle met de l’avant un entrepreneuriat qui plaît à mon pénis ? Jugez-vous. Y a des coups de pelle qui se perdent, comme on dit.

 

Le jeune indécrottable sexiste aspirant à devenir un meilleur humain fera face à de rudes questionnements sur la légitimité de partager des contenus web où ses privilèges d’homme sont valorisés et surlignés au marqueur fluo, il y a toutefois quelques lignes directrices qui permettent d’éviter des gaffes :

 

  1. Attendre que deux ou trois figures influentes de jeunes indécrottables sexistes de son réseau se prononcent sur le contenu que vous désirez partager. Cette webstar réputée pour sa misogynie élémentaire vient de partager ladite vidéo qu’il vous démangeait de publier avec la mention : «Guys, that’s soooo LOL », y a de fortes chances que le contenu soit discutable.
  2. « Vidéo sexiste ou féministe ? » Vous êtes réellement incapable de répondre ? Dites-vous que ça pose déjà un sérieux problème ou que vous avez un sérieux problème.
  3. Vous avez probablement votre propre idée quant au contenu que vous voulez partager. Regardez-vous dans le miroir, n’ayez pas peur de voir le jeune indécrottable sexiste que vous êtes, mais ne le laissez pas prendre le dessus sur le meilleur humain que vous êtes en voie de devenir en le laissant prendre le contrôle de votre page Facebook. Ne le laissez pas vous tromper : affirmez-vous, soyez plus fort que le jeune indécrottable sexiste en vous.
  4. Adoptez une attitude de couillon, partagez la vidéo sans faire de commentaires. Personne ne saura si vous dénoncez ou si vous aimez, vous pourrez adopter l’attitude qui convient afin de plaire au plus grand nombre possible selon le goût du jour. Vous avez, après tout, une image à brander.
  5. Dans la même veine, affichez-vous en tant qu’intellectuel vague. N’énoncez jamais que des positions floues, utilisez un lexique faussement académique pour vous réapproprier d’évidences tout en les diluant dans beaucoup de discours qui ne veut rien dire, n’ayez pas peur de ne pas être clair. Vous pouvez même affirmer votre supériorité morale en clamant la démagogie de positions tranchées, claires, appuyées sur une réflexion documentée et inscrites dans une démarche intellectuelle honnête. Plus difficile à cerner sera votre position, plus vous pourrez dire tout et son contraire. Ne sous-estimez jamais le pouvoir de l’incompréhension et de l’incohérence lorsqu’il s’agit de parler pour ne rien dire en allant à la pêche aux likes féministes. Après tout, vous essayez de rompre avec votre indécrottable sexiste intérieur, si vous n’en êtes pas capable, ensevelissez-le dans une mare de propos insipides et imbuvables.

 

(Si vous ne saisissez pas le sarcasme de ces quatrième et cinquième points, ne vous lancez surtout pas dans l’humour subversif, ce serait un échec cuisant.)

 

Si vous n’arrivez pas à camoufler l’indécrottable sexiste qui sommeille en vous malgré ces précieux conseils, n’oubliez pas : vous pouvez toujours, mais alors là toujours, clamer votre innocence en vous apitoyant sur votre maladresse.

 

Le piège de l’ego

 

Le problème avec certains indécrottables sexistes influents, c’est qu’ils inspirent parfois l’adulation d’admirateurs de tout âge, sans aucune considération pour les conséquences de leurs actions, les critiques qui leur sont adressées ou les dénonciations dont ils font l’objet. Leur influence sur les médias sociaux leur confère un pouvoir indubitable, une autorité sans bornes, et ils l’utilisent sans relâche pour se légitimer.

 

Le processus normal d’interaction sur Facebook avec un indécrottable sexiste influent ressemble à :

 

  1. Statut ou partage de contenu web de l’influenceux.
  2. Commentaire encourageant, mais visiblement un peu niais d’une partisane prépubère du genre : « LOL, t’es tellement drôle ! »
  3. Réplique tout aussi niaise de l’influenceux de pacotille qui se flatte d’avoir fait un partage aussi éclairant pour l’histoire de l’humanité, comme : « ^Wow ! Merci. »
  4. Un autre partisan en manque d’attention voudra lui aussi être glorifié de l’auréole d’une réponse de son idole web à son commentaire et le flattera davantage.
  5. Narcissisme continue de l’influenceux qui n’en peut plus de ne plus se pouvoir de se donner de l’importance et du capital d’influence. Il se voit à un tel point comme un penseur phare de la société (sous-représentée par son réseau), qu’il se permet de s’ériger en expert-conseil dans les domaines où il est reconnu pour sa profonde nullité.

 

Bref s’ensuit un cercle vicieux pour tous les plus imbéciles que lui ; l’imbécilité étant, ne nous le cachons pas, une ressource inépuisable. Les indécrottables sexistes influents ne sont pas des intellectuels qui désirent que vous développiez votre esprit critique, ils veulent que leur ego soit flatté sur le piédestal que vous avez érigé pour qu’ils puissent s’adonner au spectacle de leur personnalité.

 

En contre-partie, si une jeune femme estomaquée par l’idiotie profonde des contenus créés ou partagés par un indécrottable sexiste influent venait lui en proposer une critique féministe, il deviendrait à la fois ridicule et impitoyable. Ridicule, en hurlant que son féminisme de façade est inébranlable à coup d’arguments bidon. Impitoyable, en ne se lassant pas d’humilier la source de toute critique — en privé comme en public — avec l’aide de ses milliers de followers et amis. L’indécrottable sexiste influent ne s’arrête devant rien pour ne pas se remettre en question, surtout s’il s’agit de ses privilèges d’homme et encore plus s’il s’agit de faire taire les hystériques qui entacheraient leur ego.

 

Comme vous voulez cesser d’être un jeune indécrottable sexiste vous-même, cessez de vous revendiquer de leurs positions, voyez-les comme des modèles à ne pas suivre. Gardez une distance éthique particulière en ce qui concerne le traitement qu’ils réservent aux femmes et au féminisme : ils ont probablement tort, mais ils se conforteront dans leur ignorance en se réclamant d’un courant féministe ou d’un autre selon ce qui leur permet momentanément l’impunité.

 

Finalement, si la cage du patriarcat vous est « imperceptible », vous êtes un indécrottable sexiste : ne vous en vantez pas.

 

Vous pouvez toujours vous appuyer sur quelques figures féministes tirées de votre réseau pour vous aider à vous épanouir, mais n’oubliez pas que vous ne pouvez pas instrumentaliser leur approbation de vos opinions sans continuer à passer pour l’indécrottable sexiste que vous êtes. Vous pouvez aussi partager vos billets de blogues méprisants où vous ridiculisez les proféministes — incapables, selon vous, de penser hors du cadre de l’influence des féministes actives sur le web —, en leur présentant un très paternaliste mode d’emploi pour s’adonner au même pseudoféminisme que vous : je me disais justement que ça manquait d’indécrottables sexistes pour nous expliquer comment gérer les influenceuses féministes et leur légendaire horreur du genre masculin ou pour dire comment multiplier les publications douteuses sur les réseaux sociaux sans se formaliser de la critique et conserver son branding pseudoféministe.

 

Je m’en voudrais de terminer ce billet sans vous pointer quelques sources intarissables de débitage à niaiseries sexistes afin de vous servir de contre-exemple lors de cet insupportable moment d’hésitation avant de peser sur « publier » où vous sentez tout le poids de l’absence totale de différence sur le monde qui se manifestera par votre acte, mais je vais me contenter de conclure en vous rappelant que lorsque vous pouvez remplacer le mot « féminisme » dans un texte par n’importe quel mot péjoratif sans que le sens ne se perde, l’auteur est probablement un indécrottable sexiste.

 

Méfiez-vous, il y en a des milliers. Mais qui sait ? Peut-être qu’un jour, toutes les féministes influentes du monde marraineront leur indécrottable sexiste et le monde se remplira doucement de meilleurs humains.

 


* – Bien que ce texte puisse vous être d’une utilité certaine, il n’en est pas moins la parodie d’un très mauvais texte signé Joseph Elfassi.

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5 commentaires sur “Petit guide pour éviter le sexisme ordinaire sur Facebook

  1. Yvan Cloutier
    10 décembre 2014

    Merci pour cet autre texte mordant. Depuis que je vous connais, j’attends vos textes avec impatience. Quelle pertinence, quelle justesse,mais aussi que de remises en question personnelles cela suscite.
    On a encore beaucoup de chemin à faire et d’acquis à préserver en ces temps sombre.
    Longue vie aux hyènes.

  2. anabraxas
    19 décembre 2014

    T’aurais pu juste couper « …le sexisme ordinaire sur… » dans le titre, merde.

    Pas comme si j’ai un problème avec le fait de contrer le langage sexiste en-ligne… plutôt les moyens de communication pourris, corporatifs, moutons, orwelliens, totalitaires que vous utilisez diffuser et discuter des idées et leur langage.

    Ou ben juste remplacer la pub bénévole pour Fesse-bouc Inc par « Internet ».

    C’est juste que moi et les autres gros-ses méchant-es casseureuses anarchistes qui veulent pas travailler et aiment pas consommer non plus, on remet aussi en question les canaux, les moments et les lieux de nos communications (i.e. la « FORME »), et pas juste le CONTENU. Comme de faire ce que je fais ici est sévèrement moche, je sais… mais faute d’avoir des moyens de contourner toul le poids de la puissante contraite socio-géographique (la distance, et savoir où et quand aller pour jaser ce qu’on veut jaser). Je continue aussi de refuser de marcher avec ces tendances de conduites de troupeau qui se veulent totalisantes, où y a plus le choix que de passer par le même tunnel truffé de caméras, de flics et de Nazis qui nous attendent et prennent des notes dans des centres de données, comme si c’était la meilleure et de toute façon la seule solution.

    Non, la révolution passera pas par Fesse-bouc, pas plus qu’elle a été télévisée. Toute façon j’eu ai autant à foutre de la révolution que de Fesse-bouc. Surtout quand j’ai pu le choix de fournir mon numéro de téléphone pour m’y inscrire…

    Duh!

    « D’abord, cessez de vouloir être proféministe sur Facebook et soyez un proféministe dans chacun de vos gestes. »

    Ok… ça, je suis partant-e par contre. 😉 Je comprends aussi que c’était l’objet caché derrière ce texte.

  3. Johnk391
    30 mars 2015

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  4. Johnf361
    30 mars 2015

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    30 mars 2015

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Cette entrée a été publiée le 3 décembre 2014 par dans Actualité, Coups de gueule, et est marquée , , , , , , , .
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