HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Modèle de beauté

modèle de beautéGrandeur :
Poids :
Tour de poitrine :
Dents blanche
Pas de tatouage
Être âgée entre 17 et 21 ans

     À chaque matin, le même dilemme. Quel chandail avec quel jean ? Est-ce que mon chandail match avec mes bas, mon sac à main et mon rouge à lèvres ? Une retouche de mascara. Je me raidis les cheveux. Une autre couche de parfum. Finalement, le haut ne me met vraiment pas en valeur, j’ai plein de bourrelets, je mange trop. Peut-être qu’avec du noir, ca ira. Mais du noir, c’est fade. Un chandail moins serré alors et plus décolleté, pour compenser. Je choisis le jeans qui met le plus en valeur mes fesses. Après 5 retouches de maquillage, 3 replaquage de cheveux, 3 jets de parfum, 6 changements de chandail, je suis en retard pour mon cours, mais je me sens satisfaite de mon image. Quoi que ça pourrait être mieux, mais bon, je suis déjà en retard…

Après être sortie de chez moi, je croise un panneau publicitaire. Grande blonde, sourire blanc impeccable, mince et radieuse, pas même un petit bouton ou une imperfection sur son visage juvénile. Sûrement du double D chirurgical. Et je me dis que j’ai perdu 2 heures à me préparer pour rien si je n’arrive même pas à ressembler à ça. Mais au fond c’est ridicule, je le sais bien, l’image est pleine de retouches. Ce n’est pas une vraie femme. On l’a créé sur un logiciel et je n’ai aucune raison de l’envier. Et pourtant, je me sens mal à l’aise. Je devrais avoir plus de style, plus d’aisance, être mieux dans ma peau.

Je rentre dans le métro. Je regarde les autres femmes autour de moi, me compare. Souvent, je me console. Parce qu’il y en a des plus laides et des plus grosses que moi. Et là je culpabilise. Elles doivent se sentir encore plus mal que moi, qu’est-ce qui me prend de les juger ? Et il y a les plus belles, les plus minces, celles qui ont tellement de style. Et là je me sens laide et grosse.

Dans la soirée, je décide d’aller au bar. Je passe chez moi me faire des retouches. Je veux plaire, qu’un gars me remarque. Jupe, décolleté, parfum. Je place mes cheveux, me regarde 20 fois dans le miroir. Un peu plus de mascara. Je change de haut, une, deux, trois fois. J’ai enfin trouvé LE kit parfait qui fera tourner les têtes. J’arrive au bar, commande un verre. Je rejoins mes amis, repère un ou deux beaux gars. Je passe aux toilettes, en profite pour me faire des retouches. Je me sens en confiance, mais pas trop. Et plus tard, je rentre avec lui. L’inconnu, l’ami, le fuckfriend ou le chum. Je me dis que, peut-être, je l’aime que, peut-être, il m’aime. On se rapproche, on s’embrasse. On se déshabille et ça devient fake, programmé. Comme si chacun de nos gestes étaient appris, enchaînés comme une mauvaise chorégraphie. Et c’est lui qui lead. Il me prend, me met par-dessus lui, me tire les cheveux, me tape les fesses. S’attend à ce que je sois chaude, sexy, performante comme dans un film porno. Et je m’écoeure, me sens coupable. Coupable de ne pas être à la hauteur, de ne pas le satisfaire. Et de ne pas être satisfaite non plus, au final.

L’univers de la mode et de la pub transmettent des messages lourds de sens pour les femmes. Comment se sentir bien dans sa peau quand on se doit d’atteindre des idéaux de beauté irréalistes? Pourquoi ce passage nous semble-t-il obligatoire afin d’être reconnue, en tant que femme dans notre société ? L’obsession de la beauté et de la jeunesse éternelle nous contamine et nous dicte nos comportements afin d’être une Femme avec un grand F. On nous apprend comment agir, quoi porter, comment se maquiller pour plaire et être désirable. Mais à qui profite véritablement cette image de la beauté et de la femme parfaite ? Quel est notre définition de la beauté ? Y a-t-il plusieurs façons d’être belle, ou devons-nous nous référer à des modèles préfabriqués, imposés ? Un des standards de beauté le plus valorisé dans notre société est celui de la femme blanche, blonde et mince. Et tous les moyens semblent bons afin de l’atteindre. Que ce soit par des moyens drastiques comme les chirurgies, chirurgies qui effacent le passage du temps en effaçant les rides, qui effacent l’enfance en grossissant les seins ou, à l’inverse, nous ramènent à l’enfance en épilant tous nos poils. Que ce soit par des moyens plus soft tels que le maquillage, le bronzage, les produits de beauté. Notre corps est constamment modifié afin d’atteindre cette image de la perfection. Mais ces moyens sont-ils véritablement accessibles à toutes les femmes? Ont-elles les moyens financiers afin d’acquérir le kit de transformation de la femme parfaite? Il est possible pour ces femmes, si elles en ont les moyens, de changer. Mais à quel prix? On ne peut donc passer sous silence le système capitaliste dans lequel nous nous trouvons. Système qui pousse les gens à la surconsommation au détriment de notre santé physique et mentale. L’atteinte des standards de beauté passe inévitablement par la consommation. Consommation de maquillage, de shampooing, de crèmes, de baumes, de poudres, de gels, de lotions, de colorants, de déodorants, de teintures. Afin de bronzer, aplatir, gonfler, atténuer, parfumer, densifier, volumiser, colorer, onduler, teindre, matifier, exfolier, hydrater, conditionner, éclaircir. Tous ces produits et méthodes ne sont pas gratuits et finissent par coûter un bras et une jambe. Seulement pour les colorants capillaires, on parle de 315 millions de dollar dépensés par an. Cela représente 10 colorations à la seconde [1] La publicité a inévitablement un rôle important dans nos habitudes de consommation. Celle-ci nous présente des produits qui se veulent miraculeux. La réalité, c’est que l’on demeure insatisfaite, malgré tout. Et cette insatisfaction peut se manifester de différentes façons. De la colère, de la frustration de ne pas être comme les femmes dans les publicités, jusqu’à l’effritement de l’estime de soi et l’apparition de traits de personnalité inadaptés (exemple : trait de personnalité dépendante) ou encore à l’apparition de troubles plus complexes et graves tels que les troubles alimentaires, (boulimie, anorexie, troubles de conduites alimentaire non spécifié)[2] la dépression, l’auto-mutilation jusqu’à la tentative de suicide. En plus d’être influencées par les médias, les femmes sont également influencées par les autres. Combien de fois au secondaire me suis-je dis que j’aimerais être aussi belle qu’une autre femme, avoir des vêtements plus beau, être plus « à la mode » etc. C’est ce qu’on appelle la pression sociale. Et cette pression nous vient des médias et de la société de (sur)consommation dans laquelle nous vivons. Tout s’emboîte tel un casse-tête.

[1]       Planetoscope : stastistiques mondiales en temps réel. (2012). Repéré à http://www.planetoscope.com/developpement-durable/hygiene-beaute

[2]       AQPAMM : association québécoise des parents et amis de la personne atteinte de maladie mentale. (2014). Repéré à http://www.aqpamm.ca/ressources/fiches-maladies/les-troubles-alimentaires/

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Cette entrée a été publiée le 15 janvier 2015 par dans Actualité, Débats, et est marquée , , , .
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