HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Trans: Qu’on ne parle plus de nous sans nous!

Montréal, le 8 avril 2015

2000px-Transfeminism_symbol.svgLe 7 avril en soirée, le Journal de Montréal publiait un article à propos de la Câlisse de grosse manif de soir féministe non-mixte organisée par les Hyènes en Jupons, un groupe féministe. L’article s’intitulait : « Une manifestation non mixte provoque de l’inquiétude chez les transsexuels ».

Rectifions tout de suite une erreur grossière colportée par le Journal de Montréal à propos du contexte de la tenue du contingent trans au sein de la manifestation : l’appel à manifester des Hyènes en Jupons annonçait d’emblée un événement transinclusif. Si inquiétudes il y a pu y avoir de la part de personnes trans quant aux formes exactes de cette inclusion, il est totalement inapproprié de les instrumentaliser.

La formation d’un contingent trans dans une manifestation féministe, mixte ou non-mixte, permet de donner de la visibilité aux revendications trans, souvent occultées en société, notamment par les médias qui préfèrent les histoires sensationnalistes à propos de nos transitions. Cette tactique permet de faire reconnaître une diversité de vécus et de porter à l’attention publique la manière toute particulière dont le sexisme et les politiques d’austérité affectent les personnes trans.

L’idée « Mon corps, mon choix ! » convient aussi bien aux luttes féministes qu’aux luttes trans et nous permet de nous rassembler autour d’enjeux communs. Rappelons que les communautés trans au Québec attendent toujours la mise en application de la loi 35, qui doit lever les prérequis chirurgicaux pour l’obtention d’un changement de mention de sexe à l’État civil. Dans cette attente, les personnes trans continuent de se heurter à plusieurs formes de violence et de discrimination. Le tout récent projet de loi 20 ne fait qu’en rajouter en réduisant l’accès à la parentalité et à l’avortement.La manifestation féministe non-mixte et transinclusive organisée par les Hyènes en Jupons contribue pour nous à la création d’une précieuse solidarité trans et féministe autour d’enjeux communs.

L’article publié par le Journal de Montréal démontre dans son ensemble l’adoption d’une perspective mal informée et insensible par rapport aux questions trans. L’adoption et la diffusion de ce genre de perspective constitue un obstacle à nos luttes. Le Journal emploie, par exemple, des termes qui nous sont parfaitement inconnus et qui ne nous représentent pas, comme « groupe protransgenre » tout en plaçant entre guillemets des mots dont nous reconnaissons collectivement la valeur et la pertinence, comme pour en suspendre la validité. Notons aussi que le titre, en plus de véhiculer une idée fallacieuse sur l’événement dont il est question, favorise l’emploi du terme « transsexuel », qui ne fait pas consensus dans nos communautés. Actuellement, nous préférons le terme « trans », qui est considéré plus inclusif de la diversité des parcours et des vécus des personnes trans.

L’adoption d’une perspective cisgenre par le Journal de Montréal ne se limite toutefois pas au lexique en usage dans l’article. Que veut-on dire lorsque l’on affirme que « Le Journal n’a pu confirmer le genre des 5% restants. » ? Cette question suppose que l’on puisse déterminer le genre des individus en les observant, ce qui est faux, condescendant et irrespectueux. L’expression de cette perspective cisgenre s’inscrit également dans le choix des sources citées dans l’article. Bien que nous appréciions les interventions solidaires d’Anarchopanda, il aurait été plus approprié et plus pertinent de mettre de l’avant la parole de militantes et de miliants trans en ce qui concerne nos luttes.

L’article du Journal de Montréal provoque dans nos communautés colère et indignation dans la mesure où il propose une instrumentalisation crasse des luttes et des existences trans pour attaquer un événement féministe non-mixte et transinclusif. Il pose de surcroît un regard cisgenre et non féministe sur les luttes féministes et trans desquelles nous nous réclamons.

La prochaine fois que le Journal de Montréal souhaitera écrire sur une question trans, il lui faudra se renseigner avec plus de soin et considérer pleinement un point de vue trans. Quand on parle de nous, sans nous, c’est fucking trash.

Des militantes et des militants trans solidaires et en colèreParticipes

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 14 avril 2015 par dans Actualité, Coups de gueule, Débats, et est marquée , , , , , , .
%d blogueurs aiment ce contenu :