HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Femmes, violences et logement

 

Avec le mois de juillet qui approche, on se pose certaines questions par rapport à son logement: rester ou déménager? De nombreuses considérations entrent en ligne de compte dans cette décision comme la taille et le nombre de chambres, l’isolement et l’insonorisation, le prix du loyer, la salubrité, la localisation, l’accès à des services de proximité, etc. En général, on décide de déménager pour avoir un milieu de vie plus agréable ou encore pour que les petits ou grands désagréments cessent. Parfois, les désagréments sont des violences sexistes.

Nul milieu n’est exempt de violences faites aux femmes, toutefois, celles qui se produisent dans le logement passent généralement sous silence. Au delà de la violence conjugale et familiale, les femmes vivent différentes violences autour de leur milieu de vie. Il est question de harcèlement, d’agressions et des viols commis, entre autres, par des propriétaires, des voisins, des chambreurs, des colocataires ou encore des concierges. Ces violences peuvent être plus insidieuses telles qu’un proprio qui entre sans s’annoncer, un concierge qui fait des avances, un voisin qui harcèle ou un colocataire qui insiste. Lorsque l’on aborde le sujet entre amies, la plupart ont déjà vécu des situations difficiles parce qu’elles étaient des femmes.

J’essaierai ici de faire un tour d’horizon des enjeux liés aux violences vécues par les femmes dans le logement. Comme il s’agit d’un sujet très peu documenté, cet article a été écrit à partir de témoignages de femmes qui m’entourent, du dossier Femmes, logement et pauvreté du FRAPRU et du travail réalisé par le Comité femmes et logement du Centre d’éducation et d’action des femmes de Montréal.

 

L’importance du logement

Pour de nombreuses femmes, le logement constitue un lieu important où la sécurité est élément crucial dans la qualité de vie. Un appartement que l’on croyait être un refuge, un espace sécuritaire et exempt des violences patriarcales peut rapidement être compromis; ce lieu qui normalement devrait nous permettre le repos peut du jour au lendemain devenir sources d’insécurités, d’inquiétudes et d’angoisses. Le voyeurisme, l’exhibitionnisme, des commentaires déplacés, le catcalling ou encore les avances sexuelles peuvent rapidement rendre une femme inconfortable et l’amener à croire qu’elle n’est plus en sécurité dans son propre appartement. Les femmes sont amenées à vivre ces situations de façon isolée notamment puisque ces situations prennent place dans l’espace privé. Comme il y n’y a pas de témoin, il peut sembler difficile, voire impossible d’intervenir pour mettre fin à ces situations.

 

Les rapports de pouvoir

Ces violences sont généralement perpétrées par des individus qui utilisent leur position de pouvoir ou d’autorité pour contraindre les femmes à accepter leurs avances ou encore à les empêcher de les dénoncer. La vague de dénonciation des agressions et de harcèlement sexuel de l’année dernière a permis d’aborder la question des rapports de pouvoir et du harcèlement sexuel dans différents espaces du quotidien tels que le travail, l’université, le Cégep et les espaces militants. Les répercussions de ces violences sont importantes, pour plusieurs il semble plus simple d’éviter ces milieux pour passer à autre chose. Toutefois, lorsqu’une agression prend place dans le logement, il est pratiquement impossible d’éviter les lieux où ces violences ont été vécues. À chaque jour, la survivante risque de croiser ou encore avoir à interagir avec son agresseur. Le processus de guérison s’avère pratiquement impossible lorsque les murs, la cour arrière, le plancher, le lit et la table de la cuisine rappellent continuellement une agression.

 

Une des solution: quitter

Tout comme les violences vécues sur le milieu de travail, scolaire ou militant, quitter est parfois l’option la moins douloureuse surtout lorsque l’on ne veut pas entreprendre un procès qui durera plusieurs années. Toutefois, il peut s’avérer difficile d’être en mesure de quitter son appartement notamment pour celles qui sont en situation précaire. Pour déménager, il faut arriver à briser son bail, trouver un autre logement, défrayer les frais de déménagement, etc. En sus, les femmes, notamment les mères monoparentales, racisées, handicapées ou âgées, vivent davantage de discrimination lorsqu’elles veulent signer un bail. Dans ces situations, elles sont contraintes de louer un logement de mauvaise qualité, trop cher, mal isolé, insalubre ou encore maladapté à leurs besoins. Ces obstacles amènent également des  femmes à demeurer dans leur logement malgré les impacts que cela peut avoir sur leur vie.

« Les femmes vont garder leur logement le plus longtemps possible, même si elles ne peuvent le payer. Elles ne sont donc pas officiellement sans-abri mais sont très vulnérables, coupent sur la nourriture, la santé et s’endettent au maximum. Le passage à la rue est le dernier recours et se fait dans des conditions d’extrême précarité et de grande vulnérabilité. » [1]

À noter :

Depuis 2006, l’article 1974.1 du Code civil du Québec permet aux locataires de « résilier le bail en cours si, en raison de la violence d’un conjoint ou d’un ancien conjoint ou en raison d’une agression à caractère sexuel, même par un tiers, sa sécurité ou celle d’un enfant qui habite avec lui est menacée. » [2]

 

Briser le silence

Lorsque des violences prennent place dans le domicile, la dénonciation s’avère plutôt difficile. Dans le cas d’une agression, c’est la parole de la femme contre celle de son agresseur qui est généralement en position de pouvoir ou d’autorité (propriétaire ou concierge). Dans les cas de harcèlement sexuel, il est excessivement difficile de monter un dossier notamment par manque de preuves tangibles ou encore d’un.e témoin pour corroborer la version de la femme harcelée. Dans certains cas, il est question de l’accumulation de gestes malintentionnés par un coloc, de commentaires déplacés d’un voisin, d’avances faites par le proprio et de harcèlement de rue. Ensemble, ces gestes minent le quotidien, mais ne semblent pas constituer un dossier clair de harcèlement puisque les sources sont multiples.

Lorsque l’on quitte sans dénoncer ou encore intervenir, il est fort possible que ces situations se répètent auprès de futures locataires. Bien que ces violences prennent place dans la sphère privée, elles ne sont pas de nature privée, toutes formes de violences faites à l’égard des femmes sont politiques. Ensemble, il faut arriver à dénoncer ces situations, à être solidaire avec les survivantes et arriver à ce que les femmes reprennent du pouvoir sur leur situation afin  que la peur change de camp.

 


Notes

[1] RAPSIM.”Femmes – Itinérance – Logement. Des droits non-respectés”, 10 octobre 2007, http://www.rapsim.org/docs/topo%20rapporteur%20sp%C3%A9cail%20ONU%20_%2010%20oct.pdf

[2] Justice Québec. “La résiliation d’un bail résidentiel en raison de violence conjugale ou d’agression sexuelle”, 20 avril 2015, http://www.justice.gouv.qc.ca/francais/publications/generale/bail.htm#obtenir

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Cette entrée a été publiée le 22 avril 2015 par dans Débats, et est marquée , , , , .
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