HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Stand Up Fight Back!

 

* Trigger Warning : Violence conjugale *

 

tumblr_mu6hk7WH7G1rwjpnyo1_500Je viens d’une banlieue de marde. Et quand t’es ado dans une banlieue de marde, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de te retrouver entre ami-e-s, et de prendre de la drogue un peu partout. Je pouvais bien sortir autant que je le voulais, en autant que je respecte la règle d’or : rentre accompagnée d’un ami ou de ton chum. Parfait. Dans une banlieue de marde, on ne sait jamais ce qui peut arriver une fois la nuit tombée. Y’a des malades partout, tsé. Mais la première volée que j’ai mangée n’est pas venue d’un malade. Elle est venue de mon chum. Elle n’est pas arrivée dans une ruelle mal éclairée. Elle est arrivée chez moi.

 

Quand tu nais femme, tu apprends bien rapidement, et souvent à tes dépens, que la violence est partout. Elle commence assez tôt, quand nous sommes confrontées au choix de nous faire violence pour correspondre à des attentes et à un rôle en fonction de notre sexe. Déjà enfant, j’ai appris qu’il ne fallait pas « m’habiller en garçon », alors que je préférais des vêtements plus confortables. D’autres filles sont confrontées à la violence sexuelle avant même d’avoir atteint la puberté. Dès nos premières sorties, nous apprenons les instructions pour ne pas se faire agresser : couvre bien tes jambes et tes seins, ne réponds pas aux inconnus, passe par les rues éclairées, prends un taxi, ne rentre pas trop tard. Mais la violence et la peur de mourir, quand elles font partie de ton quotidien, elles ne disparaissent pas en t’habillant suffisamment, sous la lumière des lampadaires ou en évitant les inconnus. Et quand les flics traitent ça comme une dispute de couple, qu’est-ce qu’il te reste? La violence est là. Pis on ne t’a jamais appris comment dealer avec.

 

Heureusement, il est possible de sortir de ces relations, même si certaines femmes finissent par en mourir. Mais la violence, elle te suit quand même. Tu continues à te faire harceler par des gars. Tu continues à te faire pogner les épaules et les hanches par ton boss. Tu continues à consoler des amies qui se sont faites violer. Tu continues à te watcher quand tu sors. Mais malgré ta prudence, malgré qu’il n’était même pas 23h, y’a quand même un malade qui essaie de te faire entrer de force dans sa voiture. Cette violence, on l’a tellement intériorisée que de l’éviter par toutes sortes de stratégies fait partie de l’apprentissage à être une femme. On a toutes nos trucs. Faker de parler au téléphone quand y’a un gars louche qui te suit, prendre ton trousseau de clés comme un poing américain, traîner du poivre de cayenne ou un couteau quand tu sors le soir, composer un numéro sur ton cel pour n’avoir qu’à appuyer sur Call si quelque chose arrive.

 

Mais j’ai eu la chance, aussi, d’apprendre à être féministe. Lorsque cette violence n’est plus comprise comme quelque chose qui arrive, comme quelque chose contre quoi se prémunir, mais comme quelque chose de systémique ; lorsque tu comprends que ni la police ni les hommes ne sont là pour te protéger, il ne reste plus qu’à compter sur nos propres moyens, nous les femmes. Dans des situations dangereuses, le soutien ne vient souvent pas des hommes-sensés-nous-protéger, mais de d’autres femmes. Nous développons ainsi des stratégies pour nous protéger les unes les autres, même si nous ne nous connaissons pas : s’asseoir près de d’autres femmes la nuit dans les transports en commun, faire semblant de reconnaître une vieille amie quand une inconnue se fait harceler par un homme, riposter contre le catcalling, se soutenir les unes les autres, etc.

 

Apprendre à me battre avec des amies a été l’une des expériences les plus positives de ma vie. En tant que femmes, on nous donne rarement l’occasion d’utiliser notre corps et notre force à leur plein potentiel. On nous confine plutôt à des activités plus gracieuses (comme la danse, tiens!) et pour notre sécurité, on nous apprend à toujours compter sur l’autre masculin, qu’il soit notre père, notre frère, notre chum ou notre ami. Pourtant, quand des situations dangereuses se présentent, nous n’avons bien souvent personne vers qui nous tourner – lorsque la menace ne vient pas d’un proche.

 

Depuis que je sais me défendre, et même attaquer, mon expérience dans les espaces publics s’est transformée. Évidemment, il y a toujours des risques et je ressens encore, à l’occasion, du stress dans certaines situations. Mais le simple fait de savoir comment riposter me permet de me sentir plus en sécurité dans les transports en commun, dans la rue ou dans les bars. Le fait de savoir que je peux sérieusement blesser quelqu’un de plus grand et de plus fort que moi me donne assez confiance pour sortir seule sans avoir peur. Car nous devons aussi lutter contre cette violence de confinement, qui nous force à nous trouver des chaperons, à éviter de prendre le taxi seule ou à rester chez nous.

 

Plutôt que d’apprendre aux filles à éviter de se faire agresser, ne devrait-on pas leur apprendre à se battre? Et ne devrait-on pas, aussi, apprendre aux gars à ne pas agresser?

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3 commentaires sur “Stand Up Fight Back!

  1. B
    3 juin 2015

    Les expérances de violences genrée des femmes trans sont-elles moins valides parce qu’elle ne sont pas « nées femmes »? Je crois pas que se soit votre intention et c’est pourquoi je le signale.

    • hyeneenjupons
      3 juin 2015

      Bien sûr que non. Cependant l’auteure est une femme cisgenre et relate son expérience d’être socialisée ainsi. Les femmes trans vivent également une violence spécifique, quotidienne et systémique.

  2. M.
    10 juin 2015

    J’ai eu cette discussion plus d’une fois avec des amiEs militantEs. Moi, sérieux, ça ne m’intéresse pas de prendre des cours d’auto-défense, même si je trouve ça badass. Anyway je ne peux pas vraiment, à cause de ma condition physique. Mais je ne pense pas que ce soit à moi d’apprendre à me battre, mais plutôt aux autres d’apprendre à ne pas agresser, et à la société en général de démontrer un brin plus de solidarité. Le nombre de fois où une femme crie à l’aide et personne ne fait rien… C’est parce qu’il y a sentiment d’impunité que les agresseurEs font violence, pas nécessairement parce que leur victime est plus petite / sans moyen de défense apparent. Ça m’écoeure qu’on aille toutes juste peur tout le temps. Ok, les cours de ci, ah pis peut-être un couteau aussi, oh pis envoye donc une arme à feu, une p’tite qui fitte dans mon sac banane l’été. Me semble que j’exagère à peine. C’est la loi d’la jungle dewors, ma fille.

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Cette entrée a été publiée le 2 juin 2015 par dans Coups de gueule, et est marquée , , , , , , .
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