HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

À contre-courant

tumblr_n4hyqqa3V71sdagaso1_500Pour comprendre le contexte de ce texte, je vais vous parler un peu de ma situation. Je suis une femme, militante féministe évoluant dans des milieux contre culturels. Qu’est-ce que j’entends par des milieux contre culturels ? Les scènes punk, skinhead et hip-hop. N’étant pas issue à la base de ces milieux et jouissant de privilèges liés à ma classe sociale, je préfère dire que j’évolue dans ces milieux, sans m’y identifier complètement. Pour comprendre un peu mieux ma situation, il faut savoir que je suis une femme racisée et que je vis donc des oppressions quant à mes origines ethniques. Ainsi, plus jeune, j’ai toujours été attirée par la musique hip-hop, qui selon mon expérience représentait la réalité de mes parents, de l’immigration, du colonialisme que mes ancêtres ont vécu, etc. Je me sentais représentée dans cette scène et dans les paroles que cette musique portait. Durant toute mon adolescence, j’ai écouté du rap, je suis allée à des shows, je me tenais avec les gars qui faisaient du hip-hop, etc. Et c’est vers mers 19 ans que je me suis rendue compte que quelque chose clochait… En effet, la scène est principalement masculine et les femmes qui en font partie sont soit considérées comme des groupies, des filles faciles ou comme des sœurs à protéger. C’est à ce moment que ma conscience féministe s’est déclenchée, pourquoi en tant que femme, je suis relayée qu’au rôle d’objet ou au second plan? Je me suis aussi dit que c’était probablement la raison pourquoi la scène restait principalement masculine, les femmes qui veulent s’y impliquer finissent par sentir qu’elles ne sont pas considérées à leur juste valeur, que sous prétexte qu’elles sont des femmes, on peut les traiter comme des êtres inférieures et ça, c’est démotivant ! C’est la même chose dans les autres milieux contre culturels que j’ai nommés plus haut. Ces autres milieux j’ai commencé à les fréquenter en arrivant dans la métropole, j’ai toujours aimé les musiques qui y étaient associées, mais je n’étais tout simplement pas proche des gens qui faisaient partie de ces scènes. Maintenant, je dirais que ces gens font partie entièrement de ma vie, que ces scènes sont ma réalité et que je m’y sens même mieux que dans certains cercles militants.

Mon constat est clair au sujet de ces milieux : être une femme dans les milieux contre culturels est souvent difficile, mais être féministe l’est encore plus. Pourquoi ? Car en plus de vivre des oppressions, des discriminations, d’entendre des blagues sexistes et de voir des comportements machistes, tu es consciente de ta situation et deux choix s’offrent à toi : fermer ta gueule et encaisser ou dire ce que tu penses, faire réaliser aux hommes leur comportement et paroles sexistes et machistes et politiser ton milieu. J’ai donc choisi la deuxième option. Je crois sincèrement qu’en travaillant avec les gens de ces milieux, qui sont plus que des individus avec lesquels je passe de bons moments, qui sont des vrai-e-s ami-e-s, homme ou femmes, la situation peut se renverser. Il m’apparait évident que ce n’est pas en excluant fermement des personnes qui ont des paroles ou comportements problématiques que celles-ci vont devenir féministes du jour au lendemain, il faut leur faire réaliser, discuter, comparer avec des oppressions qu’ils ou elles sont conscient-e-s de vivre, etc.

Comme je le disais plus haut, je me sens mieux dans ces milieux contre culturels que dans les milieux militants. Les musiques me correspondent, le mode de vie et surtout, j’ai l’impression de travailler, de militer, de m’amuser avec des gens qui ne sont pas pris dans des carcans idéologiques. Parfois, dans les milieux militants universitaires, je ne me trouve pas assez intellectuelle, le vocabulaire utilisé est souvent très complexe et non accessible. Pourtant je suis bien outillée, j’ai la chance d’avoir fait des études supérieures, de venir d’une famille qui a des moyens financiers et d’avoir des parents militants. Mais une barrière reste là et c’est dans cette perspective que je me questionne souvent sur la lutte de classes, les milieux militants dans lesquels je beigne en font l’apologie, mais reproduisent des rapports de domination en intellectualisant tous les sujets. Ça en devient épuisant et surtout démoralisant de ne pas se sentir à la hauteur. Dans les milieux contre culturels, j’ai l’impression de pouvoir aborder des sujets d’ordre politiques et militants, sans avoir besoin d’utiliser un vocabulaire et des théories non accessibles. Même si mes milieux ne sont pas nécessairement pro-féministes, j’y trouve une certaine facilité à amener le sujet, à faire passer des messages, que ce soit en organisant des événements féministes dans les scènes, en discutant one on one ou en écrivant des textes pour des zines.

Finalement, je me rend compte que grâce à des femmes comme moi, qui se revendiquent féministes dans des milieux qui ne le sont pas, les comportements changent et laissent place à la réflexion…

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Cette entrée a été publiée le 9 juin 2015 par dans Non classé.
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