HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

My tits are fabulous. Deal avec.

Toi, la féministe qui porte la jupe courte, celle qui porte le talon haut, celle qui porte le sein offert, gaillard et généreux, celle qui perd du poids, celle qui en gagne (ou pas), celle qui met de l’ordre à ses cheveux, un peu plus de noir sur ses yeux… Oui, toi, là : t’as pas honte, crisse de conne?

privilege denying dude

Être féministe, militer sur le web, dans la rue et un peu partout entre les deux, c’est aussi croiser à l’occasion ce camarade/ ami/ collègue/ connaissance proféministe (de façade) qui, bien qu’il soit un homme cishet (c’est-à-dire, qu’il appartienne à un groupe socialement construit comme disposant du plus gros bout des tribunes, des privilèges, de l’espace, de la représentation, du cash, des opportunités, de la sécurité, de la crédibilité, dont la parole a plus de valeur et dont le corps jouit de plus d’autonomie), se permet d’émettre son avis sur nos comportements – relatifs à la sexualité, au corps, à la représentation du corps, aux choix vestimentaires, etc. – qu’il juge appropriés ou non. De poser un jugement arbitraire sur la cohérence entre nos choix personnels et notre engagement féministe, selon des critères subjectifs qui ont sa très grande sagesse pour seul référent. D’avancer que, lui, il sait ce qui est bon pour la femme – remarquez comme il s’agit toujours de LA femme, l’Universelle, l’Unique, la femme parmi les femmes, qui les englobe toutes, d’Anne à Zaïna, sous son égide vorace et invisibilisante. Heureusement qu’il est là pour lui dire quoi faire, à cette écervelée indivisible.

Ce proféministe de façade, c’est un peu comme le Richard Martineau des gauchistes (genre).

C’est ce camarade pour qui l’égalité homme-femme, c’est suuuuper important, mais qui en profite au passage pour indiquer à une consœur féministe qu’elle porte des jupes vraiment trop courtes, et qu’elle devrait poser des choix vestimentaires qui objectivent moins le corps de la femme.

C’est ce collègue laïcard qui s’inquiète de l’effet que l’immigration pourrait avoir sur l’émancipation de la femme, et qui s’empresse de dire à des femmes musulmanes qu’elles devraient retirer leur hijab pour au  moins avoir un peu de respect envers l’égalité durement acquise grâce aux efforts et à l’abnégation des grandes féministes du passé (remarquez comment, pour ce collègue, l’égalité est acquise, tout est accompli, merci-bonsoir).

C’est cet ami qui en profite pour souligner que les femmes afro-descendantes commettent un compromis patriarcal ET un compromis raciste en lissant leurs cheveux et que, franchement, elles devraient les garder fièrement et naturellement crépus.

C’est ce confrère de lutte qui accuse une militante en perte de poids de vouloir se conformer aux diktats de minceur, et qui lui signale qu’elle devrait accepter et aimer son corps tel qu’il est, parce que toute femme qui entreprend une perte de poids le fait forcément parce qu’elle n’aime pas son corps, et  puis, les vrais hommes, ça aime les rondeurs, pas les os .

C’est aussi ce militant qui prend à parti des militantes qui ne correspondent pas aux diktats de minceur et qui n’ont aucune intention d’y remédier, et qui pérore qu’elles devraient perdre du poids, franchement, c’est pas une question d’apparences, c’est une question de santé! Il s’est trouvé des vocations de médecin le temps de formuler un jugement sur l’apparence des femmes!

C’est ce supermilitant qui prend des militantes féministes pour des connes parce qu’elles portent du vernis à ongles et du maquillage, et qui trouve que pour être prises au sérieux, elles devraient laisser tomber ces pratiques superficialisantes.

Quant au mien, à mon proféministe de façade qui s’arroge ce privilège, c’est un chroniqueur paternaliste et infantilisant, que je ne nommerai pas (because mises en demeure), qui a eu besoin de brandir sa token féministe pour redorer son image, comme on brandirait notre ami noir pour justifier nos préjugés racistes, et qui m’a déclaré, les yeux dans les yeux, entre une paella et un gâteau aux carottes, que je portais le décolleté parfois trop plongeant et que par souci féministe, je devrais couvrir un peu mieux ces appâts-que-je-ne-saurais-voir.

Et je n’ai pas porté de décolleté depuis ce jour.

Peut-être que c’est parce que qu’il en savait plus que moi. Peut-être que c’est parce qu’il détient du prestige, de l’expérience et l’autorité morale qui vient avec. Peut-être que c’est parce que ça prend pas un QI de 250 pour déceler le fantasme à peine dissimulé derrière le sage conseil. Toujours est-il que j’ai opiné. J’ai eu honte de mon décolleté incohérent. J’ai baragouiné deux-trois mots contrits et j’ai refermé bien comme il faut mon chemisier sur ma jeune poitrine arrogante et ô combien antiféministe.

Jamais plus, nevermore pis toute.

Ce comportement est problématique. Dicter à une femme ce qu’elle doit et ne doit pas faire de ses seins n’est ni un féminisme ni un humanisme : c’est sexiste. L’autodétermination des femmes, c’est-à-dire leur capacité à décider par elles-mêmes, prime avant le besoin pressant de leur intimer à couvrir (ou à découvrir) quoi que ce soit – ou encore, de porter des talons hauts, des jupes courtes, du maquillage, un voile sur la tête, etc.

Décider à la place d’une féministe quel est le comportement qu’elle devrait poser en cohérence avec son engagement militant est également problématique. Penser le contraire est réducteur et infantilisant : c’est s’arroger la légitimité de penser et d’agir le féminisme mieux que les féministes. Cela revient à postuler que les femmes, les féministes, ne sont pas suffisamment outillées pour réfléchir et affirmer leur propre engagement, ou, plus simplement, moins que ami, confrère, collègue ou chroniqueur vieillissant, et qu’elles ne pourront pas aller bien loin sans suivre l’avis des hommes.

Nous réclamons un retour à l’autodétermination, à des jugements uniques, des féminismes uniques, des validités uniques. D’Anne à Zaïna.

Dire à une femme que son décolleté est somewhat dégradant est également une attaque morale basée sur des jugements personnels, aka slutshaming. Beaucoup plus qu’un décolleté, ce discours participe à la culture du viol, car il entretient l’idée que certains vêtements appellent au sexe.

Enfin, les femmes n’ont pas à avoir honte de leurs corps parce qu’un chroniqueur paternaliste n’est pas capable de se garder les yeux dans les poches : le droit d’aimer son corps, ses particularités, son unicité, est un droit inaliénable.

C’est maintenant à ce proféministe de façade que je m’adresse. Sans honte, sans chemise à jabot derrière laquelle repose sagement une poitrine pénitente :

My tits are fabulous. Deal avec.

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5 commentaires sur “My tits are fabulous. Deal avec.

  1. Amélie
    19 juin 2015

    Merci de rappeler aux gens ce qu’est le véritable féminisme. Il ne dépend pas du style vestimentaire, du maquillage, du rasage ou de l’allure.

  2. Fmnst Klljoy
    19 juin 2015

    Beaucoup de  »mansplaining » même à travers le féminisme, et dans les prises de position pour l’équité des genres…. c’est soûlant. Frustrant. Irritant. Exaspérant. Ridicule. Insultant à notre intelligence. Et cela démontre qu’il y a encore beaucoup d’éducation à faire pour enrayer ces systèmes de croyance patriarcales dans l’inconscient populasse. À toutes les femmes, et individus s’identifiant comme femme : vous êtes Vous, vous êtes Fabuleuses, et la seule approbation que vous aurez besoin est la Vôtre.

  3. Pop
    20 juin 2015

    Ouff…lourd, tres lourd.

  4. Cynthia
    22 juin 2015

    Vous êtes des salopes, dans le sens « empowering » du terme.

    • Fab
      22 juin 2015

      Pourriez-vous définir le terme « salope » svp?

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Cette entrée a été publiée le 19 juin 2015 par dans Actualité, Coups de gueule, et est marquée , , , , , .
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