HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Bonjour monsieur, je peux vous aider?

 

librairieLe service à la clientèle. Pas facile. On croise toutes sortes de personnes quand on travaille dans ce milieu-là. Les bonnes journées, des personnes sympathiques avec qui on va avoir une petite conversation, puis, le plus souvent, ne jamais revoir. D’autres jours, on rencontre des gens plus difficiles. Des gens trop pressés (classique), des gens trop VIP («Quoi?! Vous ne l’avez plus en stock?! Je vais devoir me déplacer dans une autre succursale?!»), puis aussi des gens trop sexistes. Être sexiste, c’est toujours être trop sexiste. Qu’on me traite d’intense ou de Grande Castratrice de l’humanité! M’en fous. C’est ça pareil, guys. Sorry de vous annoncer que les femmes (vous savez, ces créatures humaines) méritent tout autant de respect que vos congénères plus poilus (ok, l’histoire du poil, c’est peut-être appelé à changer, mais c’est pas de ça dont on parle aujourd’hui).

 

Je travaille dans une librairie. Une grande chaîne où l’on vend aussi des “cossins” parce que le monde ne lit plus (ok, je m’éloigne encore du sujet). Le fait est que, pour que ça soit rentable, une librairie, pour que le monde décide de venir te voir toi au lieu d’aller au Waltrucbinoucheetcompagnie pour acheter ses livres, ben tu dois proposer quelque chose que le Waltrucbinoucheetcompagnie ne t’offre pas. Et puis ça mes ami-e-s, ça s’appelle un bon service à la clientèle. Un excellent service à la clientèle. Qui dit service à la clientèle de feu dit aussi un peu léchage de cul, dans le genre « le client a toujours raison ». Ce qui m’amène à me demander: « Mais, chères (chers) comparses féministes, jusqu’à quel point le client a-t-il toujours raison? Jusqu’à quel point peut-on tolérer que l’on empiète sur notre intégrité en tant qu’être humain, sous prétexte qu’on est salarié-e?».

 

Cela fait deux ans et des poussières que je travaille dans ledit commerce au détail. Je suis commis. Je fais à peine plus que le salaire minimum. Et des histoires pas toujours très jolies, j’en ai vécues et j’ai vu mes collègues en vivre sans savoir comment réagir. Quand un des slogans du magasin est « dites-moi ce que vous aimez » et qu’un vieux dégueulasse te met la main sur l’épaule en te disant qu’il aime beaucoup les femmes, je peux vous le dire, ça fesse. Mais au final, tout ce qu’on peut répondre, c’est « bonne journée monsieur ». Est-ce que j’aurais dû bitch slap le client en plein magasin? Ou lui répondre « moi aussi monsieur », juste pour avoir le plaisir de voir sa sale gueule se décomposer? Peut-être.

 

Il y a aussi les trucs que je qualifie de « plus ambigus ». Pas pour moi, on s’entend, mais le genre de trucs que d’autres personnes pourraient trouver normaux, cute. Mais moi, un inconnu qui m’appelle « ma chouette » (parce que c’est la marque de respect la plus avisée quand on rencontre une personne d’âge adulte qu’on ne connaît pas, tout le monde le sait), en me faisant des clins d’oeil un peu trop tendancieux à mon goût, ça passe de travers. Parfois, même mes compétences dans mon travail sont remises en doute à cause de mon sexe, comme le monsieur qui voulait vraiment se faire servir par un homme, parce qu’il cherchait « un livre sur la guerre, pis que ça c’est un domaine d’hommes ». Et moi de lui répondre que ma collègue qui étudiait en histoire n’était malheureusement pas là cette journée-là, mais que j’allais l’aider au mieux de mes capacités. L’homme est parti en se sentant un peu cave, ça je vous l’assure. Mais quels recours avons-nous quand les mots (ou les grades) nous manquent pour bien rabrouer un sexiste à l’oeuvre?

 

Des atteintes à ma personne, à mes idées, j’en vivrai peut-être, puisque j’étudie dans un domaine qui me portera sur la place publique et qu’on m’a diagnostiqué quelque chose qui s’apparente fortement au syndrôme de la grand’yeule. Mais des atteintes à mon sexe? Really? Comment quelqu’un peut-il seulement encore prétendre que les femmes ont moins de valeur, sont moins intelligentes, et surtout, méritent moins de respect que les hommes? Parce qu’être féministe, c’est ça au final: demander le fucking respect. Ces hommes et ces femmes (parce que des femmes sexistes envers leur propre genre, ou aliénées devrais-je plutôt dire, ça existe aussi) qui profanent l’art du respect d’autrui sévissent malheureusement en force dans nos communautés. À quand un règlement autorisant un individu à faire une arrestation citoyenne pour acte ou parole sexiste? Parce qu’il y encore trop d’endroits où les recours sont minimes, voire inexistants. D’ici là, le meilleur moyen de prévenir ce genre d’agissement reste la dénonciation. Parce que le sexisme, c’est comme les tounes de Miley Cyrus dans un party: un peu, c’est déjà beaucoup trop.

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4 commentaires sur “Bonjour monsieur, je peux vous aider?

  1. Carl
    22 juillet 2015

    C’est drôle, je crois qu’on travaille dans la même chaîne de magasins.

    Avant, j’ai eu la chance de travailler pour une ancienne vendeuse d’auto qui c’était recyclée en bouchère. Elle ma appris toutes les ficelles de la vente; quand tu aides les gens à trouver un besoin qu’ils auraient oublié parce que ton salaire en dépend. J’étais assez jeune et très moyen cuisinier, du coup, elle savait que je ferais face à des bouchères(er) en herbe ou des fines(ins) gastronomes qui allaient me traiter en ignorant (et ils auraient surement eu raison).

    Le truc, c’est que tu peux signifier où s’arrête le service. Si une personne venait lui acheter une auto en lui demandant d’être servie par un homme, elle leur expliquait qu’elle connaissait toutes les voitures du magasin et qu’elle pourrait aisément répondre à toutes leurs questions. Puis, elle leur demandait s’il voulait toujours absolument être servi par un homme. Dans le cas où la personne lui disait oui, ce n’est plus sa cliente; elle ne pourra rien leur vendre. Le service se termine là. Elle appelait un collègue et passait à autre chose.

    Ça clarifie vaguement l’aide à la clientèle; si ton aide à la clientèle ne contient pas la familiarité, la personne en abusant n’est pas ton client. Si elle ne te respect pas, dirige là vers quelqu’un d’autre. « J’ai un collègue qui va venir vous aider. » Dans le cas des contacts: « Je vous demande de respecter mon intimité sinon je peux vous référer à un gestionnaire »

    Mais on s’entend que c’est pas un grand pas pour le féminisme. Pour ce qui est d’imposer le respect (respect pourtant légitime), je n’ai aucune idée comment faire. C’est comme les personnes racistes, elle se sont construit sur ce trait de personnalité. Leur relation avec « x » individu est définit par « y » comportement repris de quelque chose qui a une valeur pour eux. Leur dire qu’ils ont tort, c’est leur dire que « ILS » sont une erreur que « ILS » ne devrait pas être qui « ILS » sont. Leurs dire comment être une meilleures personne, ça n’est pas exactement une piste pour être un meilleur eux-même.
    Un truc qu’on peut faire même en étant commis, c’est signifier notre position sur le débat: « Je ne crois pas que x=y ». Si la personne veut partir un débat, rappelles-lui ce que tu peux lui offrir, de l’aide pour trouver des trucs en magasin et que s’il n’a pas besoin d’aide tu vas faire autre chose. Si vraiment la personne te dégoutte, réfère la à un collègue qui pourra répondre à ça question. C’est actuellement une preuve de bon service à la clientèle, tu évites à ton clients d’avoir un service de merde (merde pourtant légitime) parce qu’il manque de respect.

    Encore une fois, pas un grand pas pour le féminisme ou le racisme, mais c’est une piste pour marier respect et service à la clientèle.

    ps: Pardon pour les fautes de grammaires, mais je suis vaguement dyslexique.

  2. petitspaniers
    23 juillet 2015

    Je ne crois pas que le fait d’être salarié permette aux gens de te manquer de respect. Je pense aussi que NON le client n’a pas toujours raison. Dans l’exemple que tu évoques, tu n’es en rien responsable du manque de marchandise sur les étagères. Si il n’en reste plus c’est simplement que d’autres ont étés plus rapide à s’en procurer. On s’entend que la vie de personne ne s’arrête sans la dite babiole du moment, non?! Alors, non le client n’a pas toujours raison et non tu ne dois pas accepter ça!

  3. MASSIAS ALAIN
    1 août 2015

    Bonjour! l’intolérable du sexisme est bien dans sa dimension systématique, quotidienne, et ce dans tous les milieux et moments de la vie quotidienne. La banalisation en découle puisque pratiqué à outrance ! C’est cette banalisation qui nous complique le combat pour le respect normal et banal lui aussi. Pour ma part je pense que bloquer n’importe quel propos sexiste où que ce soit est une bonne approche de terrain. mais voilà aura-t’on le courage de l’ouvrir si cela nous coute quelque chose ? vexer ou humilier son chef ou patron peut avoir des conséquences…..
    Donc un autre comportement à travailler et pas des moindres est bien la lacheté! Le mâle témoin va-t’il aller défendre la collègue ? « pour une vanne sexiste? ça n’en vaut as la peine! »
    Ceci dit les blagues sexistes tuent et entretiennent les machos….
    En entreprise le CHSCT doit intervenir sur cette problématique depuis le 4 aout 2014, la RSC Responsabilité sociétale de l’entreprise impose à l’employeur de gérer le problème. Des affiches peuvent être posées, comme on en trouve dans les milieux hospitaliers, les chef-fes doivent accepter d’intervenir face aux macho de clients….reste le « droit de retrait » utilisable face aussi aux harcèlements, agressions,voir aux insultes ou « atmosphère sexiste » comme le « Nouvelle république du centre » à été condamné….
    Debout debout debout!

  4. sitt-iww
    6 octobre 2015

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Cette entrée a été publiée le 21 juillet 2015 par dans Coups de gueule, et est marquée , , .
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