HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Fréquenter des hommes «pro-féministes»: méfiez-vous!

 

Image Grace SinghC’est sûrement déjà arrivé à toutes les féministes hétérosexuelles. Je n’ai pas un parcours de dating très impressionnant; j’ai eu le même chum pendant (trop) longtemps et j’ai un chat bin bin doux. Mais des hommes qui tentent de jouer la carte du «vraiment cool que tu sois féministe, je respecte ça énormément, moi aussi je le suis!» pour s’attirer mes bonnes grâces en tant que potentielle fréquentation full-féminiss, j’en ai vu passer quelques uns. Et vous?

 

Comme j’écris un mémoire qui touche les études féministes, ce sujet, lors d’une date, est aussitôt abordé, tout de suite après le « qu’est-ce que ça fait dans’ vie une belle fille comme toi? ». Ainsi, en deux minutes, le sujet est déjà sur la table et j’ai l’occasion de sizer le potentiel de asshole-ism du jeune homme. Mais il ne s’agit pas qu’il me félicite d’être féministe tout en s’empressant d’affirmer qu’il l’est lui aussi. Cela ne donne pas de laisser-passer pour que je cesse de me demander si j’ai envie de continuer à jaser avec lui ou si je préfère rentrer pour faire quelque chose de beaucoup plus passionnant, comme regarder Netflix en joggings avec mon sac de Cheetos. Au contraire, à part le type cernable facilement qui hausse les sourcils avec une moue qui passe du mépris et du dégoût (perceptible par la forme que prendront ses lèvres que je me promets de ne pas embrasser) à la déception (car en disant que tu es féministe, il se dit tout de suite « fuck, mon chien est mort, elle ne se laissera pas faire facilement »), je me soucie principalement de ceux qui manifestent un peu trop d’enthousiasme suite à mon lancer du f-word.

 

Ça serait tentant de m’emballer tout de suite (« Yesss! Il ne s’est pas sauvé en courant ») et de commencer à m’imaginer le présenter à mes amies, ma mère et ma tante full-féminisss elles aussi. Parce que ce n’est pas facile rencontrer des hommes qui correspondent à tes attentes quand tu es féministe, quand ta vie tourne beaucoup autour de ça, quand tu ne laisses passer le moindre comportement ni la plus ridicule «blague» sexiste. Tu ne peux pas surfer Tinder à tous les soirs quand tu prends ton bain, parce que c’est pas long que tu es bombardée de messages peu reluisants et dégradants. Ça ne vole pas haut pour une fille comme toi. Les bars que tu fréquentes sont peuplés de gars que tu connais déjà, parce que ce sont les chums de tes amies et connaissances, les mêmes qui te répètent que tu vas finir par trouver quelqu’un de correct toi aussi, ou du moins, qui va faire la job. Tu évites les clubs parce que tu n’apprécies pas te faire grinder aussitôt que tu mets l’orteil sur le plancher de danse. Pis les mecs qui te font de l’oeil dans le bus t’en font tellement que c’en est harcelant, tu te demandes si y’en a un qui va finir par tomber dans l’abysse de ta craque de seins la prochaine fois que le chauffeur freinera brusquement.

 

C’est pas aussi simple que ça. Il faut que ton futur nouveau coloc te présente son meilleur ami d’enfance la prochaine fois qu’il descendra de Saint-Glinglin, ou bien que le chum de ta meilleure amie te présente son collègue de travail en te disant que vous allez bien vous entendre parce que vous aimez tous les deux regarder Dexter (sur Netflix) et les chats. C’est pas le genre de rencontre que tu risques de faire à chaque fin de semaine. Il te faut un réseau, des contacts de confiance, des informations de source sûre. Pour trouver un mec qui ne va pas te donner envie de lui scier le phallus, il faut une plug.

 

Et, malgré tout ça, quand y’en a un qui ne semble pas menacé par mon féminisme et qui semble solidaire, je me méfie. Parce qu’il y en a qui sont assez twisted pour te faire croire qu’ils sont pro-féministes, mais petit à petit, à force de les côtoyer, tu te rends compte que c’est de la bullshit. Le jeune homme a beau sembler être conscient de ses privilèges et acquiescer lorsque tu chiâles contre le patriarcat, mais y’a un petit quelque chose qui cloche. Il fait un commentaire dégradant au sujet d’une de ses ex. Il est beaucoup trop insistant dans ses avances. Tu te dis: «bin non, voir qu’il fait ça, il est supposé être pro-féministe!» Tu laisses passer, tu te dis que ton radar doit être déréglé, devenu paranoïaque à force de beeper à tout bout de champ, que si tu continues à être «trop exigeante», tu vas faire la une de TVA nouvelles dans quelques décennies après que la SPCA soit débarquée secourir tes 35 chats.

 

Après tout, il a dit qu’il aimait Virgina Woolf lui aussi! Tu laisses passer. Mais les petites subtilités sexistes et/ou misogynes continuent. Serait-il un de ceux qui font semblant d’être pro-féministes juste pour réussir à t’avoir? Y’en a-tu vraiment qui perdent leur temps à concocter des ruses du genre? Bin non, je dois exagérer. Mais finalement, après 2 ou 3 dates tu te rends compte que ton radar avait raison. Le soir où il s’est versé un scotch de trop et que son sexisme, auparavant caché sous une épaisse couche pseudo-intellectuelle d’inhibitions à saveur pro-féministe, transparaît de façon flagrante. Pis c’est là que tu comprends qu’il existe cette espèce d’hommes qui se font passer pour des pro-féministes parce qu’il veulent pouvoir t’ajouter à leur liste de conquêtes. C’est impressionnant, réussir à se taper une féministe féroce alors qu’on est un gros porc misogyne! C’est tout un  trophée de chasse.

 

Des hommes comme ça, il en existe beaucoup. Parfois rôdant dans les milieux militants, parfois en périphérie, ils s’affichent comme solidaires à plusieurs causes. Ils ont des beaux petits commentaires préfabriqués qu’ils utilisent de façon ingénue pour ponctuer des conversations à saveur féministe ou anti-raciste afin de bien paraître. Ils s’attirent les bonnes grâces de femmes féministes jusqu’à ce qu’elles leur fasse confiance, deviennent leur amie, les fréquentent, couchent avec. Et un moment donné, inévitablement, le chat sort du sac. Tu finis par voir le fond de sa pensée. Certains hommes sont empreints de bonne volonté et tentent réellement de déconstruire leurs comportements sexistes acquis et sont ouvert à la critique et à la réflexion. Ils veulent se réformer. Mais je parle plutôt d’un type fondamentalement misogyne et très conscient de l’être. Leur pensée est arrêtée et ils n’ont absolument aucune intention de déconstruire leurs comportements. Leur game pro-féministe n’est que de la poudre aux yeux, une ruse intelligemment tissée comme une toile d’araignée, dans le but d’additionner les conquêtes féministes. C’est une lutte de pouvoir silencieuse. Ils veulent posséder ce qu’ils méprisent secrètement, pour nous donner une leçon. J’en ai fréquenté quelques uns et c’était très subtil, mais pourtant bien réél. C’est pourquoi je continuerai de me méfier et d’être «trop exigente», quitte à finir à TVA nouvelles.

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12 commentaires sur “Fréquenter des hommes «pro-féministes»: méfiez-vous!

  1. M. Landaburu
    29 juillet 2015

    Bonjour,
    j’ai adoré ce texte, que je trouve juste dans chacun de ses mots.
    Seriez-vous d’accord pour que je le traduise en espagnol et le fasse circuler sur mon facebook ?

    • hyeneenjupons
      24 août 2015

      Cela nous ferait très plaisir!

      • M. Landaburu
        1 décembre 2015

        Je vois cette réponse un peu en retard – je vais traduire le texte ce week-end et vous ferai parvenir une copie. Merci !

  2. une catho progressiste
    29 juillet 2015
  3. Truman
    29 juillet 2015

    Contrairement aux idiots d’hommes pro-féministes, les hommes sexistes sont des gagnants tant au niveau socio-économique que sociosexuels. 95% des femmes qui ne sont pas féministes adooorent les hommes qui se moquent des sornettes que peuvent dire les féministes. Comme ces idioties a propos des privilèges que les hommes auraient historiquement par rapport aux femmes, par exemple et qui sortent tout droit des facultés d’études féministes ou une moyenne de C sans science est suffisante pour s’y inscrire.

    Maintenant, cela ne constitue pas une approbation d’une quelconque hostilité envers les femmes. Les hommes adultes et sexistes qui séduisent le cœur des femmes sont mieux classés comme « sexistes » bienveillants ; autrement dit, ils ne sont pas hostiles aux femmes ; ils sont condescendants envers elles.

    Les femmes son intriguée par les hommes qui ne les prennent pas aux serieux et qui les appréhendent avec un regard amusé. Vous savez ce que les femmes n’aiment pas qu’elles soient féministes ou non ?
    La façon dont les hommes féministes s’accrochent a elles en tentant de leur plaire. Comme le démontre si bien cet article les féministes n’aiment pas les hommes féministes

  4. JFC
    30 juillet 2015

    Tu dois fréquenter des gars moins politisé, moins branché socio pour te faire du fun, décroché et finalement tombé amoureuse. Tu ne sort pas avec une personne pour ses idées politique, et de toute façon, c’est plate les gens qui pensent trop comme nous.

    Je suis un non-féministe, mais je crois que ça serait amusant et un challenge de fréquenter une féministe. Sinon, je préfères et de loin, sortir avec une femme un peu girlie qui ne s’intéresse pas dutout à la politique, c »est beaucoup moins lourd et plus «fun».

  5. Un Homme
    31 juillet 2015

    Plus je lis ce texte et plus j’ai l’impression que la ligne entre ‘full-feminiss’ et narcisisme axé sur le fait que tu es une femme devient brouillée. Le monde ne tourne pas autour de toi parce que tu possèdes un vagin, et le féminisme c’est pas de crier des injures à tout les hommes ayant un comportement déplorable envers les femmes. Le féminisme dans sa définition c’est l’idée qu’on est avant tout tous des êtres humains peut importe le sexe, c’est l’égalité, pas la critique systématique du sexe opposée à cause des injustices envers les femmes.

  6. MASSIAS ALAIN
    1 août 2015

    Hello Mesdames! Ne changer rien garder la même hargne face aux proféministes de mes fesse! je leur en veut autant que vous…d’autant que je suis convaincu qu’il y a dans ceux-ci des espions, des taupes ensuite; des mascu missionnés….
    Je suis un homme ou j’essaie de l’être mais trop tard ( trés vieux)….comment être un homme fier et démocrate en acceptant cette domination masculine inique?
    J’ai bien conscience que cette ombre sexuelle pervertie et le mental et les relations, ce qui implique qu’un vrai proféministe sait se tenir derrière, ne demande rien et n’ait pas vexé parce qu’une femme lui dit ne pas avoir besoin de lui ( dans l’orga par exemple) De plus il sait se retirer quand la réunion se dégage dans l’intimité féministe….il sait qu’il n’est pas nécessaire….il fait ma vaisselle pour dégager les militantes de tâches encombrantes….Humilité doit être son deuxieme prénom et discrétion son troisiéme…..!
    Vraiment trés difficle d’être un pro féministe pour ne pas dire impossible pour un mec!

  7. MASSIAS ALAIN
    1 août 2015

    Deux petites fautes : n’est pas vexé bien sûr!
    et non pas Ma vaisselle mais La vaisselle……….
    J’aurais pu parler des chiottes, c’est un bon test pour savoir…..

  8. Gonzague le chomeur
    1 août 2015

    Je l’étais en sortant de scandinavie par la logique de conception culturelle, mais je dois dire qu’ici la difficulté est que la femme parle avec le langage de l’homme, du coup elle imagine et fantasme, car il suffit d’entendre les mots pour savoir si un homme est ou pas féministe. En tout cas, ayant eu moi même a entendre pas mal d’entre elles (féministes) voler au secours de hollande, j’ai compris aussi avec le temps, que la question est a mon avis plus une conscience de la société que des individus .

    Pour ce faire , je pose la question, comment peut on être féministe dans le pays des droits de l’homme et non des droits humains? de la vous comprenez donc aussi que le féminisme est différent en fonction du pays, ou la scandinavie les femmes le sont car le système promeut l’égalité, dans les mots et dans les actes, je dois constater la réforme interne que j’ai du faire, et la perception de l’imaginaire de justement celle qui se disent féministe, du coup pour moi je crois que cela existe en fonction de la culture plus que d’une réalité qui fait souvent un style, mais ou le langage de l’homme reste celui de la femme, en france….

  9. Archange
    4 août 2015

    Un « vrai » homme pro-« féministe » c’est un homme vierge, de 40 ans ou plus qui n’a jamais eu de relations de couples, et qui est d’accord avec toutes les opinions (sans exceptions) de féministes radicalEs, depuis les années 80 ou avant, point.
    D’ailleurs ceci explique cela, car ces idéologies et thèses sont difficilement applicable voir même impossible à appliquer à la fois en idéologies et à la foi en pratique. Car sinon ce ne serait qu’un gros hypocrite qui soutiendrait des thèses et des idéologies incohérentes pour lui dans sa vie réelle.
    Par exemple :
    Un homme pro-féministe radical qui aurait des enfants ne serait soit qu’un masculiniste infiltré soit un violeur car le fait qu’il a des enfants impliquerait qu’il a déjà eu un PIV, ce qui, selon ces mêmes idéologies radicalEs ferait de lui un oppresseur qui a fait des enfants dans le but de faire une emprise patriarcale et un contrôle envers leurs mère. C’est donc impossible dans ce cas d’être homme pro-féministe radical et a la fois et de soutenir ce type de thèses en ayant des enfant sans être au final qu’un gros hypocrite à la con, et ce n’est qu’un exemple bien sur et j’ose même pas dire que ça ferait de lui, car je ne le pense pas juste sur ces simples détails, en plus un violeur mais certains textes radicaux, suivis a la lettre le laisseraient penser et le diraient par défaut, même si la mère était consentante, car dans ce cas ce serait parce qu’elle aurait été aliénée par lui …. etc …..

    Un homme bien et « compatible » avec certaines « féministes », c’est un homme qui est féministe sans le savoir (et pas PRO-féministe… ) fidéle, loyal et déjà en couple depuis longtemps, il n’a aucune raisons de voir ailleurs ni même encore moins de trainer dans des courants féministes ou au pire c’est sa copine qui gère cet aspect la en général et en privé, du coup il n’y en a plus de disponible pour les autres ou faut les trouver jeunes…. ils sont déjà tous « casés » c’est triste mais c’est la vie, sur ce bon courage quand même……..

    Ha sinon, l’un des seul vrai homme pro-féministe radical cohérent avec lui même ayant déjà existé est surement Léo Tiers Vidal, mais il a finit par se suicider a 35 ans je crois, après s’être aperçut qu’il était en fait lui même ce qu’il combattait depuis le début : un homme ……………….

  10. JnMorin
    15 décembre 2015

    J’ai apprécié lire cet article très bien écrit. Je veux simplement soulevé certain éléments d’interrogations. Si je comprends bien ton article traite de l’égalité des genres et la place que tient la figure masculine dans les rapports de domination. Je veux tout simplement souligner que ce n’est « l’homme misogyne » en soi perpétue cette domination. Ce serait donné trop de pouvoir a un groupe ayant un discours trop aisément réfutable, on pourrait même dire que les hommes ouvertement misogyne s’inscrivent dans une sous-culture. Ce qui maintien ses rapports d’inégalités, c’est l’ensemble de l’idéologie dans laquelle nous évoluons. Culturellement nous renforçons l’idéologie en donnant un représentation masculine et féminine dans les médias et les rapports sociales. Ce sont donc autant l’homme que le femme qui sont soumis a la catégorisation du genre. Avec la mondialisation, les nuances que l’ont pouvait apercevoir entre les différentes cultures disparait tranquillement. On assiste a l’avènement d’une masculinité et d’une féminité « hégémonique ».
    Avec la 3e vague du féministe on voit se joindre les groupes appartenant a une minorité marginalisé, tel les queer et les transgenre. Ce qui m’amène a la terminologie du terme féministe. Le terme étant en direct référence avec la femme, ses groupes ne sont pas directement représenté lorsque l’on énonce le groupe. Cette simple appellation renvoi a la connotation du mouvement des femmes par les femmes. Qui par le fait même renforce le mouvement dans la catégorisation de sous-culture, ou contre-culture, selon les normes sociales en vigueur dans le pays ou on y réfère. En étant catégorisé et connoté de cette facon le mouvement limite l’adhésion active aux femmes ayants subis une injustice liés a leur genre. Pour le reste des personnes laissés de côtés par cette connotation, c’est par un sentiment emphatique que l’on peut soutenir la cause de peur de s’approprier un mouvement qui ne nous concerne pas. J’ai simplement voulu montrer qu’autant la terminologie homme quand on réfère a l’humain devait s’adapter, autant la terminologie féministe devrait également s’adapter pour représenter les groupes qu’elle sert dorénavant a défendre. Ce faisant les chances d’augmenter les adhérents et par le fait même augmenter les chances de modifier l’idéologie qui renforce le rôle des genres.

    P.S : désolé pour les fautes d’orthographes

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Cette entrée a été publiée le 29 juillet 2015 par dans Coups de gueule, Sexisme ordinaire, et est marquée , , , .
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