HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Je sors

stop

Témoignage

Je souhaite partager une expérience que je viens de vivre avec un acteur bien connu du milieu militant d’où je viens. Plusieurs le connaissent comme un pro féministe radical et queer. Lorsque je l’ai rencontré, je l’ai trouvé plus radical que moi dans ses paroles et j’ai beaucoup appris de lui sur le féminisme.

J’ai rapidement développé avec lui une relation amoureuse très intense. Nous étions fusionnel-l-e-s. Par le passé, j’ai vécu deux relations de couple et une relation d’amitié avec de la manipulation, du contrôle, de la violence psychologique, de l’intimidation et des abus sexuels. Bref, la vie, et les hommes, m’ont amochée. Quand j’ai rencontré celui-là, quelques années plus tard et après avoir fait un bout de thérapie dans un CALACS, je me suis dit pourquoi pas, il est féministe!

Je lui ai parlé de mon passé et il fût très compréhensif et patient. À chaque fois que nous voulions avoir des relations sexuelles ensemble, il me demandait si j’étais certaine d’en avoir envie. J’ai voulu essayer de m’ouvrir, pour une fois, et de faire confiance, de me laisser aller à être vulnérable et à aimer sans me retenir pour passer par-dessus mes peurs et ma méfiance.

Il tenait à avoir une relation ouverte, soutenant que je n’étais pas sa possession et que l’on est libre de faire ce qu’on veut avec nos corps. Il y tenait beaucoup.  Je n’étais pas très chaude à l’idée, mais j’ai voulu tenter l’expérience. Durant l’année et demie qu’on a passée ensemble, je n’ai pas eu de relations sexuelles ou amoureuses avec quelqu’un d’autre et il me disait que lui non plus.

Au fil de la relation, j’ai commencé à remarquer des comportements chez moi qui ne me plaisaient pas. Je me sentais coupable de tout, je m’oubliais, j’exprimais difficilement mes besoins et mes limites, je m’isolais et je me suis sentie devenir dépendante affective. Cela ne m’était pas arrivé depuis très longtemps. Il était distant, me parlait rarement de lui, me donnait peu d’attention, m’oubliait ou me faisait attendre régulièrement. Cela a souvent été source de conflit. Je suis retournée au CALACS, me disant que j’avais des bibittes non réglées dans ma tête et dans mon corps. Mon copain m’a beaucoup aidée et écoutée. Il est même allé au CALACS rencontrer une intervenante pour savoir comment mieux m’aider… du moins il dit qu’il y est allé.

Je lui ai dit que je sentais qu’il manquait quelque chose à notre relation, que je ne m’y sentais pas bien, que je me sentais comme une fuckfriend. Encore une fois, il s’est fâché et m’a ignorée un temps avant de revenir et de me faire sentir coupable. Mais cette fois-là, j’ai pris le moment de répit pour réfléchir et convenir que j’avais besoin de m’éloigner de lui. Lorsqu’on s’est reparlé et que je lui ai dit vouloir prendre mes distances, il a paru très surpris et m’a questionnée. Il m’a dit qu’il ne pensait pas que je réfléchirais autant de mon côté. Il s’est rallié à mon idée en disant que lui aussi avait besoin de distance. Je me suis remise à vivre de belles choses. Je me suis sentie redevenir moi-même. Nous nous sommes revus quelques semaines plus tard et nous avons convenu de nous laisser, que c’était mieux pour nous deux. Entre temps, j’ai rencontré une autre personne. J’en ai parlé à mon copain avant que nous prenions nos distances, mais à ce moment, il a dit avoir des craintes par rapport à notre relation ouverte. J’ai donc laissé tomber le projet. Lorsque mon copain et moi nous sommes séparé-e-s, j’ai finalement décidé de revoir l’autre personne.

Mon ex-copain ne l’a pas pris du tout. Il m’a dit l’avoir appris par un ami commun, mais je me suis vite rendu compte qu’il me surveillait depuis un moment (surveillance de mon appartement, recherche sur l’autre personne, questions pièges envers mes colocs). Nous en avons parlé ensemble et ce soir-là, il m’a demandé de ne plus voir personne, de ne pas avoir de relations sexuelles ou intimes avec quiconque (ce sont ses paroles exactes) si je voulais avoir une petite chance de lui reparler un jour et de regagner sa confiance. En attendant qu’il prenne de la distance et qu’il décide un jour de revenir me voir pour qu’on reste ami-e-s, je devais me morfondre toute seule chez moi et attendre. Je n’y comprends rien, mais sur le coup, il a réussi à me faire dire oui… J’y ai pensé pendant la nuit, puis je me suis vite rendu compte que ça n’avait pas de sens, que c’était du contrôle pur et simple. J’ai donc décidé de recontacter mon ex pour lui dire que je refusais ses conditions. Je voulais le faire en personne, donc j’ai attendu, croyant qu’il était parti pour la fin de semaine.

Je n’ai toutefois pas eu le temps de reparler à mon ex. Lorsque je suis revenue d’une soirée d’ami-e-s, le dimanche, avec l’autre personne qui avait décidé de venir me rendre visite, mon ex, qui surveillait l’appart et qui a été surpris par mon coloc à écouter à notre porte, est entré chez moi sans mon consentement pour sauter sa coche. Il m’a dit que je n’avais pas respecté ce qu’il m’avait demandé, que je n’étais pas honnête. Il m’a dit qu’il m’aimait. Il a voulu sauter sur l’autre personne qui était là. Il lui a lancé une chaise et lui a dit qu’il allait le tuer. Il m’a frappée. Il ne m’a pas accrochée au passage, il m’a littéralement agrippée par les cheveux et frappé sur la tête avec son poing. C’est mon deuxième coloc qui l’a attrapé par-derrière afin qu’il me lâche. Ensuite, il a cassé la vitre de ma porte d’entrée en hurlant et est parti. Sur Facebook, il a commencé tout de suite à m’envoyer les pires commentaires (j’aurais dû te traiter comme un morceau de viande, tu es chez toi et tu es terrifiée, tu es si lâche que tu ne finiras jamais ta thérapie). J’ai porté plainte. Il a passé une nuit en prison et est ressorti sous conditions. Il ne doit pas m’approcher ou me contacter. Une semaine plus tard, il m’envoie une invitation Facebook que je bloque. Une autre semaine plus tard, je le croise dans la rue et il me fixe dans les yeux avec ce qui m’a semblé être toute la haine du monde. Encore plus tard, je le croise dans l’autobus et il me fixe encore droit dans les yeux. Il me provoque? Il attend quelque chose? Je ne sais pas du tout ce qu’il a en tête. Il habite presque en face de mon bloc. Je ne sais jamais quand je vais le recroiser.

J’ai averti le milieu militant et les ami-e-s que nous avions en commun. Je me suis dit pour une fois, je ne me tairai pas. La violence sur ma personne, ça suffit, viarge! Mais un manipulateur peut être extrêmement convaincant. Certaines personnes m’ont répondu qu’il avait un bon fond et qu’il avait juste besoin d’aide. Oui, il a besoin d’aide. Non, il n’a pas un bon fond. Cet homme a des comportements agressifs envers des femmes. Dans des relations antérieures, il a usé de contrôle, de manipulation, d’agressivité, de harcèlement et de menaces. Il se proclame féministe et pourtant, il m’a traitée comme sa chose, comme sa possession. Il m’a menti, il m’a caché des choses, il m’a manipulée et contrôlée, il m’a brisée en mille morceaux. Il m’a frappée. Il était la personne en qui j’avais le plus confiance et il m’a démolie. Il s’est servi du féminisme et des bonnes valeurs pour acquérir la confiance de tout un réseau. Je me suis fait avoir. Tout le monde s’est fait avoir.

Je souhaite en parler parce que ça suffit de se taire et de regarder le bout de ses souliers en ayant honte. Personne n’a le droit d’agir de la sorte, rien n’excuse ces comportements et la pire chose à faire est de s’isoler. Je dis non à sa violence. Je dis non à la violence. Je ne souhaite à personne de vivre ce genre d’expérience. C’est horrible et ça nous détruit en dedans. En plus, c’est la victime qui doit faire un énorme travail sur elle-même afin de réapprendre à vivre normalement, à dormir, à sortir sans avoir peur et à faire confiance à la vie.

Par respect pour moi-même et par solidarité aux prochaines qui croiseront son chemin, je ne retirerai pas ma plainte et je ne baisserai pas les yeux quand je le reverrai. Je ne m’empêcherai pas de sortir de chez moi ou de fréquenter des milieux ou des gens, et je n’accepterai plus jamais qu’on s’en prenne à moi ou à qui que ce soit, sous aucun prétexte. Plus jamais.

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3 commentaires sur “Je sors

  1. monique carlevan
    6 octobre 2015

    Je note une phrase lapidaire dans ce témoignage et j’y souscris totalement . C’est un triste et déprimant constat! Cette phrase :’ON SE FAIT TOUJOURS AVOIR « … No comment .

  2. Paul
    6 octobre 2015

    Toujours la même histoire.

  3. Archange
    7 octobre 2015

    C’est triste a dire mais, je doute fortement qu’il soit possible pour un homme d’être a la fois pro-féministe radical et queer en même temps … a moins d’être hypocrite, ou alors totalement ignorant de ces courants … ou sinon oui, c’est de la manipulation …… par exemple moi il y a quelques années avant je me croyais (sincèrement) féministe, puis je sais pas je me suis fait influencé et je suis passé féministe radical … mais pas longtemps ….. car en fait, je m’étais trompé, j’ai compris en étudiant tout ça que c’était un milieu très hostile pour les hommes, surtout du coté des radicalEs américaines, même avec beaucoup de bonnes volonté-e-s, sans hypocrisie c’est impossible d’être toujours d’accord … et j’ai horreur de l’hypocrisie, et c’est surtout impossible à appliquer à la fois en théorie et en pratique … déjà un homme pro-féministe radical ne doit jamais draguer ça fait partie des idéologies radicales, sinon c’est un prédateur, donc déjà les seuls hommes qui peuvent être vraiment pro-féministes radicalE que je connais ne sont pas en couple et ne le seront probablement jamais, ou comme Léo Thiers Vidal, qui s’est suicidé, lui au moins était cohérent avec ses idées ….. Enfin bref, je suis pas féministe, je préfère être moi même, j’ai une copine mais on vit pas en couple, et ça se passe très bien, en fait c’est la même depuis plus de 10 ans, on a eu des périodes séparées, d’autres plus proches, on a déjà vécu ensemble, mais on est dans une relation assez libre, elle peut sortir avec qui elle veut, je m’en fiche, en fait je suis homo aussi et maintenant on est les meilleur-e-s ami-e-s du monde, j’ai aussi une autre meilleure amie assez proche, on a tous/toutes plus de 35 ans … je préfère pas être « féministe », je milite pas, je ne fréquente pas d’autres féministes que mes amiEs IRL et je me contente désormais d’être moi même, et c’est comme ça que mes amiEs me préfèrent. Je préfère parler de mécanique, d’informatique ou d’autres sujets que le féminisme, mais je n’ai pas de problèmes à aborder des sujets féministes sensibles comme la violence ou le viol quand ma copine est avec moi car je sais qu’elle pense de moi en bien et c’est la vérité-e.
    Par contre si elle est pas la, j’ai du mal car vraiment bonjour la parano avec des radicalEs qu’on connait pas et qui sont en pleine guerre de camps et de genre ….. d’ailleurs beaucoup de RadicalEs militent pour la non mixitéE de leurEs groupes, donc bon un homme pro-féministe radical c’est louche …. y’en a qui s’accrochent mais ils sont grave transphobes, moi j’étais abolitionniste mais bon … traiter les FEMEN de « porno-stars » très peu pour moi, on a pas les mêmes conceptions de la sexualité-e, on ne peut pas plaire a tout-e-s le monde, mais si j’étais hypocrite je pourrais pourtant me faire bien voir même par les radicalEs, mais non, je préfère rester moi même et juste me faire aimer seulement de ma copine, car c’est elle qui m’aide dans la vie et même si je lui dis que je suis pas féministe elle s’en FOUT car elle me connait et elle sait qui je suis, c’est pas pour ça qu’elle me lynchera, par contre dire que je suis pas pro-féministe radical a des radicalEs … bonjour les problèmes, alors que concrètement c’est IMPOSSIBLE !!!

    Sinon je suis pourtant anti-violence, jamais violent et pas anti-féministe non plus, mais rien qu’en écrivant ce texte je risque de me faire agresser par un truc genre « NOT ALL MEN !!! », ben vi pas tous les hommes sont violents pas tout les hommes sont violeurs, même parmi ceux « pas féministes » mais j’ai pas le droit de le dire, pas le droit de juste dire ce que je suis ou ne suis pas, donc impossible pour moi d’être « féministe » mais c’est pas faute d’avoir essayé … sinon la je suis mécanicien et je rénove une voiture de sport de collection, je trouve ça plus reposant que de me prendre la tête sur Internet avec des inconnuEs, voila ….

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Cette entrée a été publiée le 6 octobre 2015 par dans Actualité, Coups de gueule.
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