HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Pourquoi la parité n’a rien de révolutionnaire, mais que je n’ai rien contre la nomination Mélanie Joly

Plusieurs féministes ont été très heureuses de voir la formation d’un conseil des ministres paritaire et diversifié, mais je savais bien que j’allais rapidement voir des commentaires assez ordinaires sur mon fil d’actualité. Quand il est question de parité imposée, des gens réactionnaires diront que des femmes ont eu un accès privilégié au pouvoir et qu’elles ne méritent pas ces postes. Ceux-ci ignorent nécessairement que les oppressions patriarcales posent un ensemble d’embûches à l’implication politique simplement parce qu’on est une femme. Il n’y a rien de révolutionnaire dans le fait de faire des nominations représentatives de la population puisque cela fait bien longtemps que c’est fait pour assurer une représentation territoriale (les élections par comptés assurent une représentation territoriale et les ministères sont généralement répartis entre les élu-e-s des différentes régions). De ce point de vue, il est tout à fait normal que l’on prenne des mesures pour accroire la représentativité de celles qui ont un accès restreint aux sphères de pouvoir en raison des structures patriarcales. Mais, la parité, ce n’est pas la panacée, il s’agit d’une mesure libérale parmi tant d’autres permettant de favoriser la place des femmes en politique : plus il y a de femmes en politique, plus elles pourront concevoir que la politique active est une avenue possible. Une plus grande présence de femmes ne garantit pas des politiques plus progressistes ou encore féministes. Je ne pense pas être mieux représentée par un conseil des ministres paritaire qui prône des politiques d’austérité, par exemple. Bref, l’avenir nous dira si ce conseil des ministres paritaire apportera de réels changements.  Parité

Cela dit, les réactions à l’égard de la parité ne m’ont pas choquée, elles sont prévisibles. Ce sont les réactions de certaines personnes dites progressistes et même révolutionnaires à l’égard de la nomination de Mélanie Joly qui m’ont choquée. Oui, cette femme qui avait tenté sa chance aux élections municipales de 2014 en créant un parti politique autour de sa personne a eu le ministère du Patrimoine. On lui a reproché d’avoir construit le parti Vrai Changement pour Montréal autour de son image; pratique qui n’est absolument pas faite par les autres hommes qui se présentent à la mairie depuis les dernières années. Oh wait, tous les partis municipaux sont centrés autour des candidats à la mairie. Cette forte attention autour des chefs constitue une pratique très courante des systèmes électoraux basés sur une lutte entre partis politiques. Mais on dirait que lorsqu’il s’agit d’une femme voire encore pire, une jeune femme, c’est différent. En plus d’être jugée pour ses idées, on s’attarde à son apparence, on la soupçonne d’avoir couché avec les bonnes personnes pour obtenir une ligne sur son CV et bien sûr on remet continuellement en question ses capacités. Et si elle avait été un jeune homme? Je ne pense pas que le traitement aurait été le même; on aurait dit de lui qu’il prend les opportunités, qu’il fonce, qu’il a un parcours incroyable pour son jeune âge et donc que l’on croit en ses compétences et qu’on le voudrait bien comme ministre. Le même traitement a été fait lors des élections fédérales de 2010 où la candidate poteau Ruth Ellen Brosseau a été attaquée de tous bords, tous côtés pour son inexpérience et donc son impossibilité d’être une élue à la hauteur. D’un autre côté, le candidat poteau Pierre-Luc Dussault de 19 ans n’a pas eu droit à un tel traitement médiatique. Quoi qu’il en soit ces deux “poteaux” semblent avoir été appréciés puisqu’il et elle font parti des élu-e-s du NPD au Québec. Comme quoi les soi-disant compétences issues des lignes de CV prestigieuses ne sont pas garantes d’une réélection.  

À mon sens, le mini tollé autour de la nomination de la ministre Joly est un beau cas de double standard. Les gens sont étonnés par la nomination d’une personne (femme) qui utilise ses privilèges, comme ses réseaux et ses ressources, pour arriver à ses fins (son élection comme député et ministre). En plus, les gens surveillent les moindres faits et gestes de Mélanie Joly afin de mettre au jour l’ensemble des bourdes qu’elle commettra dans les prochains jours. Cependant, l’utilisation des privilèges en politique est une pratique répandue (et pas seulement en politique partisane); les hommes emploient sans cesse leurs privilèges pour avancer dans leurs fonctions, mais on ne le leur reproche pas, puisque c’est perçu comme un processus normal. Ses homologues masculins n’ont pas droit à cette même surveillance puisque l’on ne les présume pas d’emblée comme étant incompétents.

C’est donc pour ces réactions sexistes provenant de milieux dits progressistes concernant la nomination de Mélanie Joly que je crois que la nomination paritaire n’est visiblement pas le seul et unique moyen pour réellement parvenir à l’égalité : les mentalités doivent également changer. Cela ne veut pas dire qu’il est inapproprié de critiquer les femmes en politique. Il est crucial d’être critiques envers l’ensemble des élu-e-s qui prétendent nous représenter surtout lorsqu’un gouvernement, par des nominations représentatives, cherche à mieux asseoir son autorité et sa légitimité. Ce qui est problématique et qui mérite d’être condamné est le traitement différencié que l’on accorde aux femmes en politique.

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6 commentaires sur “Pourquoi la parité n’a rien de révolutionnaire, mais que je n’ai rien contre la nomination Mélanie Joly

  1. Marie
    9 novembre 2015

    Pour celles qui se rappellent de Roosh V dont la venue a Montréal a soulevé un tollé et l’intervention de la ministre. Voici son dernier article : la conduite et les décisions des femmes doivent être contrôlées par les hommes. Le titre original est « Women Must Have Their Behavior And Decisions Controlled By Men »

  2. Marie
    9 novembre 2015
  3. Goli Wog
    9 novembre 2015

    Maxime Bernier. CQFD.

  4. Antoine
    9 novembre 2015

    Le problème avec Mélanie Joly c’est plutôt qu’elle récitait constamment une cassette, qu’elle a menti à plusieurs reprises (ce qui, d’ailleurs, arrive souvent en politique, et on se fait un plaisir de le mentionner et d’en être choqué, peu importe si le candidat-e est un homme ou une femme ou un transgenre). Elle disait souvent «Je suis là pour rester [à la mairie]», «ma place est ici et j’en suis fière», «la politique fédérale ne m’intéresse pas». [etc.] En plus, en entrevue elle n’était jamais vraiment claire, ni sincère. C’était ça qui dérangeait chez elle… pas son apparence ou le fait que c’était une jeune femme (sauf peut-être pour le Journal de Montréal, mais leur contenu est tellement impertinent et propagandiste qu’on en parlera même pas). Qu’elle soit femme ou homme, peu importe, c’était une «cassette opportuniste pathétique» au même titre que l’était Bolduc, Legault, Després ou encore Boisclair!

    • Julie
      9 novembre 2015

      Je comprend ton commentaire, mais je pense que l’article fait références aux critiques clairement sexistes dont Melanie Joly a fait l’objet avant et depuis son élection. Pour le reste, l’auteur semble d’avis qu’il est important de critiquer les politiciens. Vous êtes donc probablement du même avis ! 🙂

  5. Romain
    21 février 2016

    La caricature est mensongère. Avec un tel embonpoint, le gros homme blanc arrivera bien après la jeune fille afro-descendante ! En effet il est prouvé que les afro-descendants sont meilleurs en sprint, tandis qu’ils sont moins bons à la nage. Il ne faut pas chercher le complot là où il y a génétique.
    Mais tous ces discours, c’est beaucoup de bruit pour rien. Le pouvoir aujourd’hui appartient aux banquiers, aux propriétaires de médias, pas aux « ministricules ». Et ces puissants-là continuent à penser en termes de clan, de famille, et… de race.

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Cette entrée a été publiée le 9 novembre 2015 par dans Actualité, Débats, Sexisme ordinaire, et est marquée , , .
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