HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Démystifier l’éjaculation féminine

 

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Si les mécanismes biologiques de l’éjaculation masculine sont bien connus, l’éjaculation féminine demeure un phénomène peu documenté et mal compris d’un point de vue scientifique. Certaines études soutiennent encore qu’il s’agirait de miction involontaire – ce que plusieurs femmes démentent. De ce qu’on en sait, de 10 à 40% des femmes éjaculeraient durant l’orgasme ou lors d’une stimulation intense, avec une quantité de liquide qui varie de quelques gouttes à plusieurs millilitres. Selon certaines études, le liquide serait relâché par les glandes de Skene, décrites comme la « prostate féminine », qui se situent entre le vagin et l’urètre. La consistance et la composition du liquide seraient différentes des sécrétions lubrifiantes et de l’urine. Du côté de la culture populaire, les femmes qui éjaculent, souvent appelées femmes fontaines, sont perçues comme des curiosités. La pornographie, par exemple, contribue à créer une image du squirting qui s’éloigne beaucoup de la réalité.

Quant à moi, j’hésite souvent à en parler, de peur que mon interlocuteur m’imagine en train d’asperger son visage avec un débit se rapprochant d’un boyau d’arrosage. En discutant d’éjaculation féminine avec d’autres femmes, nous avons constaté que le phénomène était très mal documenté et que nous ne savions pas comment interpréter et partager nos expériences. La formule d’un article collectif et anonyme semblait intéressante pour aborder le sujet sans tabou. J’ai alors lancé un appel, suite à quoi neuf femmes ont répondu à mes questions. Voici donc nos réponses, dans le plaisir et le désordre!

 

Quelles ont été tes premières expériences d’éjaculation féminine? Lorsque c’est arrivé la première fois, as-tu compris de quoi il s’agissait?

Ma première expérience était avec un homme que je fréquentais depuis un an, alors qu’il me faisait un cunnilingus tout en stimulant mon point G avec ses doigts. J’ai senti le liquide sortir de moi sans trop savoir d’où il sortait ni si, en fait, je venais d’uriner… J’étais pas mal catastrophée alors que lui sautillait presque de joie… Clairement, il savait c’était quoi bien plus que moi! Il m’a expliqué, mais j’étais quand même très gênée. Je voyais plus le côté pratique de devoir tout changer les draps au milieu de la nuit. Je n’avais pas ressenti un plaisir plus intense ou différent, donc pour moi c’était pas tant une cause d’émerveillement!

La première fois que j’ai eu une éjaculation, mon partenaire n’a pas du tout apprécié et trouvais même cela très répugnant. Je ne comprenais pas ce qu’il m’était arrivé en raison de mon jeune âge et que je n’étais aucunement sensibilisée et documentée face à ça.

La première fois, j’étais avec une personne, sur un divan. Elle me masturbait. À un moment, je ne crois pas que j’avais eu un orgasme, mais il y a eu plaisir intense et ensuite, une flaque sur le divan. Au début, on n’était pas trop certain.e.s de ce qui se passait, puis on s’est dit que j’avais éjaculé. Sinon, ça m’est arrivé une couple de fois de pratiquer le coït et à un moment donné, de me rendre compte qu’il y avait beaucoup de liquide entre la personne et moi, un peu trop pour que ce soit de la sueur. L’hypothèse de l’éjaculation était toujours présente, mais c’était dur d’en être certaine. Plus dernièrement, alors que je me masturbais, j’ai pris mon dildo. Ça faisait longtemps que je n’avais pas stimulé ma zone intravaginale, préférant la stimulation clitoridienne (plus rapide, plus accessible et plus intense pour moi). À un moment, la sensation est venue intense, j’ai éjaculé, mais je n’ai pas eu d’orgasme comme tel. Tout de suite après, alors que je recherchais l’orgasme (oui, c’est assez central comme but, l’orgasme, lorsque je me masturbe), je n’y arrivais pas avec la stimulation clitoridienne. Je devais prendre une pause (alors que je n’en ai pas besoin lorsque je stimule mon clitoris).

La première fois que je l’ai remarqué, mon partenaire me pénétrais et, à un moment, il m’a demandé pourquoi il y avait une petite flaque sur les draps, sous mes fesses. Je ne savais pas trop quoi répondre et sur le coup, j’avais cru que c’était simplement beaucoup de lubrification vaginale. Une autre fois, avec un ex, alors que je le chevauchais sur un sofa, j’ai soudainement senti quelque chose couler, et ensuite il y avait un gros cercle mouillé sur le coussin. À ce moment, j’ai compris que je venais d’éjaculer. Dans les deux cas, cette réaction physique était liée à une forte stimulation sexuelle, mais pas nécessairement à un orgasme.

Mes premières expériences d’éjaculation, c’était il y a environ 6-7 ans.  La première fois, c’est arrivé avec un partenaire et je ne m’y attendais vraiment pas. D’après moi, quelques facteurs ont joué un rôle pour cette première fois: j’étais vraiment excitée sexuellement et j’avais déjà eu plusieurs orgasmes rapprochés avant d’en arriver à un orgasme avec éjaculation. Par la suite, dans les relations sexuelles subséquentes avec le même partenaire, ça planait comme une possibilité à atteindre, mais c’était jamais sûr si ça allait arriver ou non. Ça me stressait un peu, parce que je n’y arrivais évidemment pas sur demande, et aussi parce que ça m’était encore étranger. J’ai rapidement fait une mise au point avec mon partenaire que je ne souhaitais pas que ça devienne la quête de toutes nos parties de fesses et que ça arriverait quand ça arriverait. Dans les premières éjaculations, c’est aussi arrivé seule en me masturbant. Les premières fois ont été espacées dans le temps et ça restait un peu mystérieux, et c’est devenu plus régulier seulement après que j’aie eu un enfant. Maintenant, j’éjacule assez souvent, parfois plusieurs fois durant un rapport. Dans d’autres rapports, je n’éjacule pas du tout, même si j’ai plusieurs orgasmes. Oui je savais c’était quoi, je savais que c’était une possibilité, mais j’ai tout de même été surprise que ça m’arrive. Je connaissais seulement une autre fille à qui ça arrivait, donc c’est pas comme si je me sentais hors-norme de ne pas éjaculer. J’ai été surprise-contente parce que c’était comme un exploit pour moi, mais en même temps surprise-inquiète parce que je ne savais pas dans quelle mesure ça allait se reproduire, à quelle fréquence, les quantités de liquides qui allaient sortir de moi, et si je pourrais le contrôler.

 

Est-ce que tu es à l’aise avec cette partie de ta sexualité? As-tu trouvé des moyens de contrôler ton éjaculation?

Oui et non. Je suis à l’aise avec cette partie de ma sexualité quand ce n’est pas ma première relation sexuelle, et davantage si je suis chez moi. J’ai encore une espèce de malaise. J’ai trouvé un moyen d’empêcher l’éjaculation, mais ça ne fonctionne pas à tous les coups.

Je suis moyen à l’aise. Je suis avec le même partenaire depuis longtemps alors ça va mieux maintenant, mais je me sens toujours un peu mal. A cause du « dégât ». Et non, je ne le contrôle pas.

L’éjaculation arrive toujours au moment de l’orgasme pour moi, j’en ai donc un certain contrôle, c’est à dire que je sais que ça s’en vient. C’est comme si je poussais fort par mon vagin pour atteindre l’orgasme, qui est souvent accompagné d’éjaculation. Cette poussée se ressent également à l’intérieur de mon vagin. J’ai toujours été à l’aise avec cette partie de ma sexualité.

Au début, je ne comprenais pas ce qui se produisait, je ne faisais pas le lien avec le squirting présenté dans la pornographie. Avec le temps, j’ai appris à reconnaître les sensations liées à l’éjaculation, et à mieux la contrôler. Parfois, ça arrive aussi sans que je m’y attende. Pour moi, ça vient avec beaucoup de plaisir sexuel, et je ressens alors une sorte de pression qui peut ressembler à une envie d’uriner. On a souvent comme réflexe de retenir cette pression, alors que l’éjaculation survient au moment où on la relâche. Dans mon cas, lorsque je pousse avec les muscles du périnée (un peu comme quand on expulse un tampon ou un DivaCup), l’éjaculation devient possible. J’apprends donc à créer ce relâchement au bon moment, lorsque mon plaisir sexuel atteint un sommet. Personnellement, ça survient surtout avec une stimulation directe du point G (souvent accompagnée d’une stimulation du clitoris), que ce soit lorsque je suis sur mon partenaire, ou alors avec des doigts qui caressent directement cette zone de mon vagin. L’éjaculation n’est pas nécessairement liée à un orgasme, mais lorsqu’elle survient, je me sens vraiment détendue après. Pour moi, l’aisance avec laquelle j’éjacule va de pair avec une découverte de mon corps et de mon plaisir, avec les années. Maintenant, ça m’arrive parfois deux ou trois fois dans une même relation sexuelle. Parfois, la quantité est assez minime, et je vais mouiller le ventre, le sexe et les cuisses de mon partenaire, d’autres fois il y a une flaque sur le lit. Parfois, ça coule de manière douce et lente, d’autres fois le jet est plus vif. Chaque éjaculation est différente!

Je ne ressens aucun malaise face à mes éjaculations maintenant. Je peux ressentir un malaise par contre si j’ai du mal à éjaculer, ce qui arrive fréquemment lorsque les relations sexuelles se font avec une autre personne. Je n’ai pas trouvé de moyen pour contrôler mon éjaculation.

Je suis à l’aise maintenant. Disons qu’après la première fois, mon partenaire a voulu répéter l’expérience et j’étais pas très chaude à l’idée. Je comprenais juste pas le trip. Je me suis quand même renseignée un peu sur Internet. Il n’y a pas tant d’explication et d’informations sur le sujet à part quelques recherches ici et là qui disent au final qu’on sait pas trop ce que c’est, finalement. Puis je suis tombée sur un livre qui s’appelle « Le point G et l’éjaculation féminine ». C’est écrit par une femme, ancienne actrice de films pornographiques, qui donne maintenant des genres de sessions de groupe à des femmes afin qu’elles découvrent leur corps. Elle a sa théorie sur ce qu’est le liquide et je trouvais que ça tenait la route. Aussi, elle explique comment y arriver, comment la contrôler, comment avoir un orgasme plus intense avec ça. J’arrive donc à contrôler, à savoir éjaculer ou non, mais ça ne me donne pas vraiment d’orgasme plus intense. Pour moi, ce que ça fait, c’est que ça me détend et relaxe extraordinairement. Plus encore que l’orgasme « normal ». C’est comme un immense lâcher prise. C’est très satisfaisant mettons.

Je suis très à l’aise avec ça et je ne la contrôle pas. Je ne suis pas très active (je n’ai pas de partenaire depuis très longtemps), alors dès que je tombe sur une personne avec qui je peux avoir une bonne relation sexuelle, pas question que je me restreigne! Mais au moment de l’acte, disons que certaines positions/pratiques font que tu peux retarder un peu le moment de l’éjaculation.

Je suis plus ou moins à l’aise car ça mouille vraiment et que je dois interrompre le moment pour mettre une protection sur le matelas… C’est gênant. Je sais comment le contrôler mais cela va m’empêcher d’éprouver le maximum de plaisir.

Je ne sais pas si je définirais ça comme une partie de ma sexualité, c’est plus une partie de ma réponse sexuelle, c’est une partie de ma façon de jouir. Je suis à l’aise parce que je trouve que c’est quelque chose de vraiment puissant et de féministe. C’est une potentialité du corps et je trouve vraiment nice de le vivre. Les orgasmes sont vraiment bons, même si ce n’est pas le gage du meilleur orgasme non plus. […] Des fois je m’en passerais parce que j’aime bien la détente qui vient après l’orgasme, et ce moment est un peu cassé quand tu t’étend dans une flaque froide de squirt ou quand il faut carrément changer les draps parce que c’est trop mouillé. Mais d’autres fois, ça rajoute vraiment à l’excitation et au plaisir de savoir que ça va arriver. ET c’est aussi bon quand ça arrive, et c’est aussi le fun de revirer le script et d’éjaculer sur son partenaire… Je peux certainement contrôler les répercussions en mettant une serviette de bain en prévision pour éponger. Je sens également quand ça va venir et peut avertir l’autre ou alors changer ce qu’on fait pour pas éjaculer. Ça m’est aussi déjà arrivé de pouvoir éjaculer exactement au moment où je le voulais et dans la position que je voulais, mais pas à chaque fois. Pour ce qui est de moyens concrets, c’est vraiment au niveau physique de comprendre comment il y a un build-up qui amène à l’éjaculation, les pratiques et positions qui peuvent la faciliter, et sentir ce build-up se faire et choisir en fonction de l’envie ou non d’éjaculer de continuer en ce sens. Je sais pas si c’est clair… L’exemple le plus frappant serait que je ne pratiquerais pas la pénétration vaginale à plusieurs doigts ou le fisting si je n’ai pas envie d’éjaculer, parce que dans mon cas, ça va vraiment ensemble.

 

Comment tes partenaires réagissent, en général? Est-ce bien accepté?

Si j’ai toujours été à l’aise avec cette partie de ma sexualité, c’est entre autres parce que tou.te.s mes partenaires ont bien accueilli l’éjaculation. Je suis toujours un peu mal à l’aise avant d’avoir une première relation sexuelle avec une personne, car je ne sais pas si je dois leur annoncer : il est possible que je ne jouisse pas, et si je jouis, que je n’éjacule pas. Je ne les avertis donc pas, mais je n’ai jamais eu de réactions négatives ou d’immense surprise. Après, j’explique qu’il m’arrive d’éjaculer au moment de l’orgasme, et les réactions ont toujours été de l’ordre du « ok ». Certains m’ont posé des questions factuelles, sur la fréquence à laquelle ça m’arrivait, si ça rendait les orgasmes meilleurs, etc. Personne n’a été dégoûté, et personne n’a trouvé ça super incroyablement cool non plus. Tout le monde l’a juste accepté comme ça.

Ça m’est arrivé avec juste un partenaire et oui, il a bien réagi. Il se sentait cool, au début, de réussir a faire squirter une fille et j’ai pas apprécié. C’est pas grâce à personne… C’est juste de même. Je suis pas un trophée.

J’ai l’impression que les hommes qui ont une différence d’âge importante par rapport à moi acceptent beaucoup plus l’éjaculation féminine. Rares sont les fois où mes partenaires ont pu avoir des réactions négatives (les réactions négatives auxquelles j’ai été confrontée ont été avec des partenaires qui avait le même âge que moi).

En général, c’est bien accepté. Ça n’arrive pas à tous les coups, hein? Donc les personnes les plus intelligentes et sensibles comprennent que c’est indicateur de bons moments idéalement partagés. Je me rappelle par contre une relation avec qui c’était vraiment gossant. Il reprenait le fait pour se flatter l’égo. Je lui expliquais que moi je ne me lançais pas des confettis à chaque fois qu’il venait! Il avait un problème de dépendance à la pornographie («je suis collectionneur, tu comprends?») et avait toutes sortes de comportements tordus à propos de différentes pratiques/faits sexuels.

J’ai commencé à prendre conscience de mes capacités éjaculatoires seulement avec mon partenaire actuel, qui le prend bien, accepte, et qui en est excité. Je me sens très à l’aise avec la relation mutuelle que nous avons envers l’éjaculation, ce n’est pas fétichisé à l’extrême, ce qui me dérangerait et me mettrait de la pression. J’avais déjà eu un partenaire qui était sûr que je serais capable d’éjaculer, ou d’être une femme fontaine comme il disait, mais c’était jamais arrivé et ça me foutait vraiment la pression et c’était quand même gossant que le focus soit vraiment sur y arriver. Pour les réactions, j’ai par contre connu d’autres filles qui éjaculaient beaucoup et qui estimaient avoir à faire un sorte de « coming out » de leur capacités éjaculatoires parce qu’elles savaient que c’était pas toujours bien reçu… Dans certains cas, y’avait aussi la quantité de liquide qui jouait.

J’ai eu quelques partenaires par la suite, dont mon chum, avec qui je suis depuis un an. C’est surtout avec lui que j’ai exploré ça le plus, étant plus à l’aise et sachant qu’il adore ça. Pour lui, c’est synonyme que je me laisse aller et que j’ai beaucoup de plaisir. C’est pas faux!

Parfois, ils étaient surpris sur le coup. Ça demeure quelque chose de rare et quand tu n’as jamais vu ça, ça peut être surprenant. D’autres aiment vraiment ça et tentent de me stimuler pour que j’y arrive, on y prend plaisir tous les deux. Je n’ai jamais vécu de réaction négative ou de shaming. Le seul inconvénient, c’est que les draps sont souvent bien trempés après. C’est important de comprendre que l’éjaculation féminine ne vient pas prouver qu’une relation est meilleure, ou qu’une femme qui éjacule est plus libérée sexuellement. Ça ne doit pas être recherché comme « preuve » du plaisir. Mais pour celles à qui ça arrive, si elles sont à l’aise avec ça, tant mieux! L’important, c’est surtout de découvrir ce qui nous stimule, ce qu’on aime. Le véritable défi est là, à mon avis, surtout dans une société où la sexualité est centrée sur le plaisir des hommes.

 

Si tu as fait des recherches à ce sujet, as-tu trouvé des explications satisfaisantes ou trouves-tu que c’est plutôt mal documenté?

J’ai trouvé de la documentation assez satisfaisante. Mais je déteste les articles sensationnalistes à ce sujet.

Au niveau scientifique, il me semble que c’est très lacunaire comme champ d’étude. Comme tout ce qui ne relève pas d’une « dysfonction sexuelle » ou qui n’est pas lié à la procréation, et surtout qui relève du plaisir féminin (ou des personnes avec vulve), c’est sous-étudié comme thème. J’étais tombé sur un vidéo de Ross et Dodson et j’avais bien aimé, mais je ne pourrais le retrouver. En général, ce qui est féministe est moins pire que bien d’autres sources.

C’était plutôt mal documenté au début d’Internet. Et c’était gênant d’aller s’acheter ou consulter des bouquins là-dessus. Maintenant ça va mieux, même si c’est mélangé à beaucoup de crap. Si je revenais en arrière, je me dis que j’aurais des réponses plus rapidement, plus exhaustives sur l’éjaculation en général.

Les meilleures explications proviennent selon moi des femmes qui éjaculent! Je suis toujours frustrée par les études au discours médicalisant (par des hommes surtout) qui ont des métho inadéquates/insuffisantes. Plusieurs femmes qui éjaculent ont produit de la documentation à ce sujet. Je recommande la lecture de Fast Feminism de Shannon Bell. Il y a un chapitre sur l’éjaculation qui est super clair et qui subvertit vraiment bien la chose. Moi ça m’a permis de mieux comprendre le processus, de me l’approprier et surtout de m’en sentir plus fière. Y’a également des explications didactiques très bien dans la porno féministe dans lesquelles je me reconnais.

J’ai fait mes recherches sur l’éjaculation féminine, car je me demandais ce qui m’arrivait, et, après en avoir discuté avec plusieurs amies, j’ai su que ce n’était pas si fréquent. Au début, j’ai plutôt rien trouvé. J’étais fâchée, mais pas surprise que les recherches soient si peu avancées. C’est souvent le cas à propos de la sexualité des femmes. Plus tard, j’ai trouvé des réponses vraiment stupides et absurdes, comme quoi c’était seulement de l’urine. J’ai rejeté ces réponses puisque je savais que je n’étais pas simplement en train d’être incontinente. J’ai longtemps cru, aussi, que le liquide sortait de mon vagin. J’ai ensuite lu un article, le plus complet à ce jour, expliquant que l’éjaculation proviendrait des glandes de Skene, de part et d’autre de l’urètre, et de la vessie. Une étude montre que des femmes ayant uriné avant une stimulation sexuelle éjaculaient ensuite des quantités de liquide plus grandes que le contenu des glandes de Skene. Leur vessie s’était remplie pendant la stimulation sexuelle. La recherche ne comprenait pas encore pourquoi. J’ai donc fait des expérimentations sur mon corps pour me rendre compte que le liquide sort en effet de la région de l’urètre, mais je vous assure que ce n’est pas juste du pipi.

J’ai cherché des articles sur Internet qui permettraient de mieux expliquer d’où l’éjaculation féminine venait et comment la contrôler. Plusieurs articles sont contradictoires, certains disent que le liquide est éjecté par l’urètre, alors que d’autres soutiennent que ça vient des glandes de Skene. Les études scientifiques ne vont pas toutes dans le même sens non plus. Je ne crois pas qu’il s’agisse de miction involontaire, car l’éjaculation survient de manière indépendante de mes envies d’uriner. L’odeur n’est pas la même non plus. Il me semble aussi que si c’était la même chose, toutes les femmes seraient capables d’éjaculer, puisqu’elles sont également capables d’uriner – ce qui n’est pas le cas! La meilleure explication que j’ai trouvée jusqu’à présent, était cette vidéo de Laci Green.

 

Que penses-tu de la manière dont l’éjaculation féminine est socialement perçue (culture populaire, pornographie, etc.)?

J’ai l’impression qu’il s’agit d’une sorte de légende urbaine, surtout avec la manière dont c’est présenté dans la pornographie ; des jets intenses et abondants, alors qu’en réalité, je le vis comme quelque chose de chaud et doux, qui se produit quand je me sens particulièrement à l’aise et que je suis très attirée par l’autre personne. Le terme « femme fontaine » mythifie aussi cet acte et celles qui ont la capacité de le faire, alors que je le vois comme quelque chose de très naturel. Je ne souhaite pas être désignée par ce terme, je trouve que ça fait bête de foire et c’est limite stigmatisant. J’ai aussi de la difficulté à en parler ouvertement, à la fois car je ne veux pas être objectifiée et car je ne veux pas induire une pression à la performance sexuelle chez les femmes à qui j’en parle.

J’ai l’impression que l’éjaculation féminine est un tabou et que les critiques en société qu’on y associe sont négatives. Pourtant, l’éjaculation féminine n’est pas moins importante que l’éjaculation masculine. Elle devrait être plus documentée au même niveau que tout ce qui a trait à la sexualité en général. Il n’est pas normal que j’ai été plus informée sur le sexe opposé que sur mon propre sexe (j’ai été plus consciente et je comprenais plus le corps masculin que le mien à mes débuts).

C’est très tabou. J’ai beaucoup d’ami.e.s qui en riaient souvent (maintenant moins). J’ai même une amie qui a eu une très mauvaise expérience avec ça… il y avait des traces d’éjaculation (de l’un ou l’autre, on ne sait) suite à une soirée chez des potes. Ses amis en ont ri le lendemain et plus tard. Le gars n’a jamais été embêté par ça… mais elle a pété plusieurs coches à ces amis-là en se disant – avec raison – humiliée. Sinon il y a beaucoup de méprise volontaire ou involontaire avec des golden showers. Je n’ai jamais trop compris si les gens qui faisaient des blagues avec ça étaient trop gênés (de leurs fantasmes?), ignorants ou tout simplement tatas.

La porno amène, comme dans tout ce qui a trait à la sexualité, une exagération de la chose. Quand j’en parle avec d’autres femmes, certaines semblent dégoûtées par ça, alors je m’abstiens de parler de moi. Même les femmes rient de ça, alors qu’il me semble que c’est naturel et une façon d’explorer sa sexualité.

Je sais que le squirting est quelque chose de populaire dans la pornographie, et qu’il y a tout un mythe autour des femmes fontaines, mais je n’ai jamais vraiment ressenti ces implications dans ma vie sexuelle, avec mes partenaires sexuel.le.s. Je sais que je ne suis pas hors de cette culture, mais personne ne semblait trouver ça vraiment hot et sexy et pornographique que j’éjacule. Cependant, je trouve ça très drôle, parce que j’étais persuadée que les femmes fontaines n’existaient pas avant que ça m’arrive.

Je ne regarde pas trop de porn où y’a de l’éjaculation féminine. Je trouve que, over all, c’est assez tabou. Sinon, la question est souvent : suis-je normale si j’éjacule/si j’éjacule pas ? Ce qui est dommage, parce que, selon moi, la question importante devrait être : Comment puis-je avoir du plaisir avec mon corps ? On s’en fout de si on éjacule ou pas. Je sais qu’il existe une éducatrice sexuelle à quelque part qui enseigne comment éjaculer. Ça peut être vraiment cool, ce genre de cours, mais tant qu’on ne tombe pas dans une autre pression à performer. Mais bon, il reste énormément d’éducation sexuelle à faire, de démystification.

Bon là ça devient complexe, socialement je crois que c’est assez variable, y’a certainement une certain exotisme/glamorisation de l’éjaculation féminine. C’est parfois perçu comme un espèce de but ultime à atteindre, ce qui peut engendrer des anxiétés de performance tant chez le/la « giver » de plaisir que chez celle qui est sensée pouvoir éjaculer. C’est aussi perçu dans d’autres cas avec beaucoup de méfiance, comme si ça ne pouvait pas être vrai, que c’était une duperie. Puis, si tu rajoutes là-dedans les discours « d’experts» qui disent que c’est de l’urine et les témoignages des personnes œuvrant dans l’industrie porno qui sont mitigées, l’éjaculation féminine devient une espèce de monstre à controverse. J’avais déjà vu une sorte de vox-pop d’actrices porno mainstream auxquelles on demandait si l’éjaculation féminine existait ou non. La moitié disait « oui ça existe, j’éjacule moi-même ou alors j’ai déjà gouté et ça goûte pas comme l’urine (que j’ai déjà goûtée aussi) », alors que l’autre moitié disait « non c’est de la pisse, les filles boivent des litres d’eau avant de tourner la scène et c’est de l’urine qu’on voit »… Selon moi, c’est sûr qu’il y a des films de porn mainstream de squirts qui sont faux parce que c’est quand même une pression pour les actrices de pouvoir éjaculer sur commande et que ça devient bien plus simple d’uriner à ce moment surtout si on doit bien voir le jet et qu’il y en ait en surabondance. […] Je déplore le fait que le sujet de l’éjaculation féminine soit encore traitée aujourd’hui comme un « système de croyance » auquel on adhère ou non. Le genre de phrases choc genre «  éjaculation féminine, un mythe? » viennent vraiment me chercher parce qu’ils invalident complètement ce que je vis.

 

En lisant les réponses de plusieurs femmes, j’en suis venue à la conclusion que l’information manque généralement. D’abord au niveau de l’éducation sexuelle, l’éjaculation féminine passe sous le radar, alors qu’en secondaire 5, je connaissais déjà les mécanismes de l’éjaculation masculine et le chemin parcouru par chaque spermatozoïde. Pour commencer, apprendre que ça existe dans la « vraie vie », en dehors de la pornographie, ça serait déjà bien. Comprendre ce que c’est, d’où ça sort, à quel moment ça se produit, comment le contrôler, ça serait encore mieux. La sexualité féminine devrait définitivement être mieux enseignée dans les cours d’éducation sexuelle, et ce, au-delà de la reproduction biologique et des relations hétérosexuelles.

Ensuite, même sur le plan scientifique (on exclut ici les articles de sexo-pop), les quelques études que j’ai réussi à trouver en anglais proposaient toutes des conclusions différentes. L’anatomie et la sexualité féminine demeurent encore très mal documentées, particulièrement lorsqu’il est question du plaisir féminin, et non de procréation. À titre d’exemple, la zone du point G n’a été « découverte » par la communauté scientifique que dans les années 1980. En ce sens, je souhaite que le partage de ces expériences puisse en renseigner quelques unes.

J’en retiens aussi que l’éjaculation féminine n’est pas un impératif, ni un devoir de performance. Certaines femmes, si elles en ont la capacité, tentent de stimuler leur éjaculation, tandis que d’autres préfèrent apprendre à la retenir. Pour quelques unes, l’éjaculation n’apporte pas plus de plaisir, alors que pour d’autres, elle procure une sensation particulière et différente de l’orgasme. Tout ça s’inscrit dans une multiplicité des manières de vivre nos sexualités, de découvrir nos corps et d’apprivoiser notre plaisir. Au final, c’est ce qui compte le plus.

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9 commentaires sur “Démystifier l’éjaculation féminine

  1. Bustos
    18 janvier 2016

    Pour celles et ceux qui lisent l’espagnol, je conseille très fortement le livre de Diana J. Torres, Coño Potens (qui est, selon l’auteure, un manuel sur la prostate féminine et son utilisation). https://www.facebook.com/conopotens/
    http://pornoterrorismo.com/pucha-potens/

  2. leo
    19 janvier 2016

    J’ai souvent l’impression que j’ai «envie de pipi», comme un chatouillement, quand j’ai une relation sexuelle particulièrement intense, je me suis toujours retenue ou j’arrêtais simplement la relation pour aller au toilette. J’ai aussi une vessie hyperactive, alors il m’arrive souvent d’avoir besoin d’aller au toilette rapidement dans des moment étrange, je croyais que c’étais ca, mais quand je lis vos texte je me reconnais vraiment et je crois que je vais arrêter de me retenir. Merci beaucoup pour le texte

  3. Catherine
    20 janvier 2016

    Bonjour, j’ai bien aimé le livre de Alain Heril, « Les Continents féminins, qui en parle.

  4. mel
    20 janvier 2016

    la première fois que j’ai éjaculé, j’ai été surprise et ensuite j’avais plein d’énergie. je bondissais à toute vitesse au lieu de marcher lentement comme à mon habitude à cette époque. alors je me suis dit : « trop cool, voilà la solution à toutes mes fatigues »… mais j’ai pu remarquer, ensuite, que faire la fontaine ne signifiait pas à chaque fois faire le plein d’énergie. Il m’est arrivé l’inverse récemment, où je me sentais toute molle et avais même du mal à articuler quand je parlais, pendant tout le reste de la journée suivant les ébats amoureux. Bon, du coup, je ne pense pas qu’éjaculer soit bénéfique/maléfique pour l’humeur, tout dépend de comment on gère l’échange d’énergie entre les partenaires sexuels/amoureux. Mais je me demande si ce liquide a une fonction, si ne pas l’évacuer peut être nocif pour la santé… Mais au fond je ne me pose pas trop de questions… Je continue à m’observer, c’est tout ce que je peux faire puisqu’il n’y a pas eu bcp d’études à ce sujet.

  5. LACROIX
    20 janvier 2016

    Je n’ai jamais connu et je ne me suis jamais fait dire que j’avais éjaculée. Maintenant, cela m’intèresse plus…peut-être ce serait possible pour moi aussi? Il y’a un élément vraiment déclencheur ou cela arrive comme ça? Et, après, la détente est plus grande? Aussi, on ne mentionne pas s’il y a odeur ou goût….je sens vraiment ignorante sur le sujet. Merci.

    • F.
      20 janvier 2016

      Dans mon cas, ça arrive avec beaucoup d’excitation, donc il faut que la relation soit vraiment le fun! Dans ce sens, il faut surtout savoir ce qui t’allume. Sinon, il y a certains trucs donnés par des femmes dans l’article, comme stimuler le point G et pousser avec les muscles du vagin quand on ressent une pression similaire à l’envie d’uriner. Dans mon cas, ça vient parfois avec un sentiment de détente intense, d’autres fois c’est juste le fun… Goût je ne sais pas, mais l’odeur varie d’une fois à l’autre. Ça sent définitivement moins fort que de l’urine.

  6. Faty
    21 janvier 2016

    J’avoue que cela m’arrive bien souvent, que c’est très agréable et mon compagnon adore me voir dans cet état. … lâchez vous les filles, l’homme éjacule aussi, alors pourquoi pas nous. ..

  7. jamo
    21 janvier 2016

    Pour moi, c’est toujours arrivé lorsque j’avais une relation sexuelle avec un homme ayant un gros pénis. Peut-être en lien avec la stimulation plus intense au niveau des glandes nommées.

  8. Nancy
    22 janvier 2016

    Heureuse de lire cet article. Tellement peu d’info à ce sujet!
    Je me suis longtemps trouvée anormale d’éjaculer et tristement, c’est la porno qui m’a montré que je ne l’étais pas. En faisant la part des choses, comme pour tout dans le porno, j’ai réalisé que je ne faisais que « squirter », même si ce n’était pas comme dans les films. De mon côté, l’éjaculation n’est pas associée avec orgasme (du moins tel que je le connaissais clitoridiennement) alors ca ajoutait au questionnement.
    Pour moi, l’éjaculation devait être obligatoirement accompagnée d’un orgasme, puisque c’était ainsi chez les hommes. Donc la question  » est-ce que c’est du pipi en fin de compte?  » je me la suis posée longtemps! La première fois que c’est arrivé, j’avais 16 ans,et mon partenaire était convaincu que je venais d’uriner. J’étais humiliée. Je l’ai cru.
    Ca n’a pas la même consistance que le sperme (je continuais à comparer au modèle masculin) , pas d’orgasme, liquide pratiquement clair, qui sent juste « le sexe », et qui sort de l’urètre..et qui arrive une fois qu’on relâche la sensation d’envie de pipi.. La confusion est légitime, mais en expérimentant avec moi-même, en ayant des partenaires ouverts, matures, et de plus en plus d’infos, ca a démystifié tranquillement le tout. Un homme avec qui j’étais particulièrement à l’aise sexuellement m’a dit um jour, pendant l’acte  » don’t hold it back..let it happen « .. Je ne lui en avais jamais parlé, ni à personne d’ailleurs. Il le sentait que ca arrivait, pour l’avoir déjà vécu avec d’autres femmes.
    J’ai réalisé et me suis prouvé que non, ce n’était pas du pipi, puisque ca laisse un cerne blanchâtre sur des draps noirs, une fois secs. Quand j’en ai été convaincue, c’est ce qui m’a rendue plus à l’aise avec le fait de mouiller immanquablement les draps.
    Je seconde aussi celles qui mentionnent que ca arrive plus souvent avec des pénis plus gros, ou plus de doigts, ou après une longue stimulation. Les hommes plus vieux, surement par expérience, ou simplement par maturité, réagissent mieux à l’éjaculation féminine que certains jeunes hommes immatures qui te voient comme un trophée et qui se flattent l’égo avec ca. Comme s’ils étaient spécialement doués ou je ne sais quoi.
    Le manque d’info à ce sujet, tant de mon coté que de celui de mon partenaire, a nuit à ma première éjaculation.

    Bref.. Merci beaucoup pour ce texte. Il fait du bien. ❤

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Cette entrée a été publiée le 18 janvier 2016 par dans sexualité, et est marquée , , , , , .
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