HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

De l’antiquité au corset

120719_jq798_soutiens-gorges_sn635

 

La lingerie féminine est depuis longtemps source de désirs, de mystères et de séduction. Elle serait « porteuse de rêves » et aurait un effet sur la libido[1]. Dans la civilisation occidentale, le soutien-gorge semble être un accessoire habituel dans le code vestimentaire féminin. Il est porté par la majorité des femmes et les jeunes filles commencent le port de ce dernier relativement tôt.  Il est perçu comme un sous-vêtement normal, au même titre que la petite culotte ou les chaussettes, faisant ainsi partie de l’hygiène de vie. Le soutien-gorge a, dans la pensée occidentale, la principale fonction de camoufler et à la fois de mettre en valeur la poitrine féminine[2]. Malgré sa fonction intime, le soutif reste socialement accepté[3]. D’une autre part, il a aussi pour fonction de soutenir les seins des femmes, les protéger du vieillissement et de l’affaissement de ces derniers à cause de la gravité[4]. Néanmoins, cette nécessité de soutenir les seins est-elle biologique ou découle-t-elle d’un construit social? Le soutien-gorge aurait-il un caractère oppressif, contrôlant du corps féminin ou au contraire, un caractère émancipateur? Quelle est la fonction sociale du soutien-gorge? Il faut d’abord s’intéresser à l’histoire de ce vêtement particulier.

 

De l’Antiquité au corset

Les historien.ne.s ne s’entendent pas sur la première apparition du soutien-gorge. Certain.e.s mentionnent des tribus germaniques en 3500 av. J.-C. où les femmes se seraient bandées les seins avec des bandes de peaux pour pouvoir travailler plus efficacement[5]. Ensuite, il y aurait les Égyptiennes en 3000 av. J.-C. qui auraient porté le kalisiris, un simple tube de tissu avec des bretelles[6]. La communauté historienne n’affiche pas de consensus. D’autres auteur.e.s soulignent qu’en Égypte, seules les prostituées et les danseuses portent un « cache-sexe » alors que les autres femmes étaient nues sous leur tunique[7]. D’autres retracent le début de la lingerie féminine en Crête en 2000 ans av. J.-C[8]. Ces dernières portaient en réalité un corset qui ne couvrait pas la poitrine de sorte à la mettre plus en valeur en l’honneur de la déesse de la fertilité[9]. Le corset serait aussi accompagné d’un semblant de crinoline qui mettait les hanches des femmes en valeur[10]. Dans la même veine, les Grecques portaient des bandelettes autour de la taille pour souligner leur silhouette[11]. Les Grecques portaient aussi une bande de tissu autour des seins pour empêche le mouvement de ces derniers lorsqu’elles faisaient du sport ou du travail[12]. Toujours pour empêcher le mouvement des seins, les Mongoles en 1000 av. J.-C. bandaient leurs seins pour avoir une chevauchée plus agréable[13]. Puis, en 1200 en Circassie, on retrace un corset de bois et de cuir qui était porté par les filles depuis leur plus jeune âge pour empêcher la croissance de leurs seins et de leur cage thoracique[14].

 

Au début du Moyen Âge, les vêtements sont plutôt simples, les tissus de l’époque ne permettant pas trop d’extravagances[15]. Pour donner plus de formes aux vêtements de la noblesse, le laçage fût amplement utilisé[16]. Plus principalement le corsage court porté sur les blouses qui aplatissait les seins et soulignait la taille fine des dames[17]. Au 14e siècle, l’Église catholique fit valoir que les courbes des femmes étaient indécentes. La mode se transforma et fit des vêtements qui avaient pour but de dissimuler et d’aplatir les formes féminines[18]. Le 15e siècle laisse apparaître une nouvelle mode qui cette fois, érotise les seins. Pas tous les seins, les ronds et galbés.  Cette mode donne lieu à de nouvelles robes, elles qui sont équipées de décolletés plongeants, lacées en avant, faisant ainsi remonter les seins[19]. Cette mode installait déjà les bases du corset.

 

À la renaissance, la jupe et le haut de la robe sont séparés, concevant donc le corps des femmes comme un assemblage[20]. Chaque partie du corps peut alors être soumise aux caprices de la mode et être modelée selon les standards de beauté de l’époque[21]. Le corset sera donc retentissant dans le monde de la noblesse.Le corset a pour but de remonter les seins et d’affiner la taille pour encore une fois, faire ressortir les seins[22]. Resserré à son maximum, le corset emprisonnait le corps des femmes leur enlevant une liberté de mouvement, ne leur permettant pas d’être actives. Au 17e siècle, les corsets changent pour laisser apparaître complètement les seins[23]. Jusqu’au milieu du siècle où ils furent à nouveau camouflés, mais cette fois comprimés pour faire apparaître les « fesses des seins »[24]. Les années 1780 furent marquées par le retour des robes plus légères.  Ces robes ne comprenaient pas de corset, ne remodelaient pas les seins et ne leur offraient qu’un léger soutien[25].

 

Le 19e siècle marque toutefois l’âge d’or du corset qui revient en force avec la taille-guêpe. Cette fois, il sera porté par toutes les classes sociales, même les ouvrières grâce à l’industrialisation et à la démocratisation de la mode[26]. Le corset est alors considéré comme intégral au costume féminin pour son aspect orthopédique, il représente l’élégance féminine et attire le regard admirateur des hommes[27]. Le corset est source alors d’érotisme et de fétichisme.  Le corps médical de l’époque justifiait l’usage du corset par le fait que les femmes sont trop faibles et qu’elles ont besoin d’un support pour tenir leur corps. À ces analyses physiologiques se joint une justification des plus misogyne; la nécessité de corriger les âmes afin que les femmes puissent se contrôler[28]. Bien évidemment, le corset avait un effet contrôlant à l’égard des femmes, les privant d’une grande mobilité et ne leur donnant qu’une toute petite voix[29]. Il n’était pas rare que les femmes qui portaient le corset s’évanouissaient, avaient diverses blessures comme des côtes cassées qui perforaient les organes internes ou mourraient tout simplement, ce qui ne faisant que raffermir l’image que les femmes étaient faibles[30]. Certains membres du corps médical s’opposaient néanmoins au port du corset à cause des graves dommages internes que ce dernier pouvait causer[31].

 

Partie 2: De la brassière au push-up

Partie 3: Théoriser le soutif


 

[1] Gilles Néret, 1000 dessous: histoire de la lingerie, Köln, Taschen, 2008, p. 6.

[2] Aurélia Mardon, « Les femmes et la lingerie : intimité corporelle et morale sexuelle », L’esprit du temps, Vol. 3, N°27, 2002, p. 69.

[3] Idem.

[4] D. Gros, « Haut les seins? », Psycho-Oncology, Vol. 7, N°4, 2013, p. 258.

[5] Stéphanie Perdersen, Un amour de Lingerie, Paris, Hors Collection, Département des éditeurs, Tome I, 2008, p. 18.

[6] Idem.

[7] Néret, op. cit., p. 27.

[8] Ibid, p. 6.

[9] Perdersen, op. cit., p. 18.

[10] Néret, op. cit., p. 8.

[11] Idem.

[12] Perdersen, op. cit., p. 18.

[13] Idem.

[14] Idem.

[15] Ibid., p. 20.

[16] Idem.

[17] Idem.

[18] Idem.

[19] Ibid., p. 21.

[20] René Davray-Piékolek, « Corset,, histoire du costume », Encyclopaedia Universalis, [En ligne]  http://www.universalis-edu.com.ezproxy.usherbrooke.ca/encyclopedie/corset-histoire-du-costume/, page consultée le 16 décembre 2014.

[21] Idem.

[22] Idem.

[23] Perdersen, op. cit., p. 25.

[24] Idem.

[25] Idem.

[26] René Davray-Piékolek, op. cit.

[27] Perdersen, op. cit., p. 26.

[28] René Davray-Piékolek, op. cit.

[29] Perdersen, op. cit., p. 28.

[30] Idem.

[31] Idem..

Advertisements

2 commentaires sur “De l’antiquité au corset

  1. Ping : Théoriser le soutif | HYÈNES EN JUPONS

  2. Ping : De la brassière au push-up | HYÈNES EN JUPONS

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 25 janvier 2016 par dans Histoire, et est marquée , , , , , , .
%d blogueurs aiment ce contenu :