HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

De la brassière au push-up

Partie 1: De l’Antiquité au corset

Push upPendant le 19e siècle, le sous-vêtement le plus courant pour les femmes était le corset. Il s’agit d’un réel âge d’or pour le corset, qui s’achète autant dans les milieux ouvriers que dans les milieux bourgeois. C’est finalement en 1904 que le soutien-gorge apparaît grâce à Mary Phelps Jacob, après que les femmes aient exprimé le désir d’avoir des sous-vêtements moins contraignants et plus confortables [1]. Le premier soutien-gorge ne séparait pas les seins et les comprimait encore. Les femmes de l’époque ont vu dans le soutien-gorge une forme d’émancipation [2]. Ce fut tout de même un homme, Paul Poiret, qui commercialisa le plus le soutif et déclara, du même coup, la guerre au corset, se considérant comme le libérateur des femmes [3]. En réalité, ce fut la Première Guerre mondiale et ses sacrifices matériels obligés qui propulsèrent la popularisation du soutien-gorge. Les femmes furent envoyées au travail, et elles ne pouvaient pas se permettre de porter un corset qui brimait leurs mouvements et nécessitait énormément de ressources matérielles [4]. L’essor du mouvement féministe a aussi contribué à l’abandon du corset [5].

La mode pendant ces années est inspirée du cubisme, transformant les standards de beauté et éliminant la silhouette « S » [6]. Les années 20 proposent un soutien-gorge qui comprime plus les seins qu’il ne les soutient. La silhouette rectangulaire est très à la mode et il est préférable d’estomper les seins [7]. Il faut attendre 1927, pour qu’une femme invente le concept des différentes tailles de bonnets. Ce concept est important, car il est créé pour s’adapter au corps des femmes et non pas pour suivre une mode. Pour une première fois, on crée un vêtement qui s’adaptera au corps, plutôt que de tenter de modifier ce même corps. Ida Rosenthal permet de faire accepter qu’il y ait différentes grosseurs de seins [8].

En 1937 le cinéma popularise la grosse poitrine qui deviendra par la suite un idéal de séduction et sera mise de l’avant dans le cinéma des années 40 [9]. Une véritable quête de la grosse poitrine suivra.  Les modèles de soutifs qui suivront seront pensés dans le but d’augmenter la grosseur de la poitrine. Les années 40 laissent donc place aux pin-up et au glamour [10]. En 1946, le sulfureux bikini est créé par Louis Réard qui souhaitait créer un vêtement qui aurait autant d’effet qu’une bombe atomique sur les hommes [11]. Vers la fin des années 50, les gros seins sont toujours à la mode, mais cette fois, c’est la forme conique qui devient populaire. Différentes compagnies commencent à proposer des modèles de soutien-gorge qui amplifient leur grosseur [12].

Au début des années 60, le marché s’attaque aux jeunes filles. Le soutif apparaît alors comme un symbole de l’âge adulte [13]. En 1968, année de toutes les causes, les féministes accordent un caractère oppressant au soutien-gorge. Lors d’une manifestation contre l’élection de Miss Amérique, plusieurs d’entre elles le retirent et le jettent à la poubelle dans le but de manifester contre l’objectivation du corps féminin. La société était encore réticente à voir des seins non couverts [14]. Par la suite, les années 80 marquent l’âge d’or des gros seins. La plupart des femmes rembourrent leur brassière dans le but de suivre les standards de l’époque. De plus, même si les implants mammaires en silicone existaient depuis 1960, cette pratique est popularisée dans les années 80 [15]. Par la suite, surgit en 1994 le phénomène Wonderbra. Ce produit permet de remonter les seins, de les orienter comme la mode le dicte et donne une forme ronde aux seins. Le push-up était né et il est encore aujourd’hui le modèle le plus à la mode [16].

En résumé, la longue histoire de la lingerie est marquée par des modes oppressantes, d’autres considérées frivoles ou encore utilitaires. Néanmoins, les femmes se retrouvent souvent victimes d’un modèle à suivre presque impossible à atteindre.

Partie 3: Théoriser le soutif


 

[1] Stéphanie Perdersen, Un amour de Lingerie, Paris, Hors Collection, Département des éditeurs, Tome I, 2008, p. 33.

[2] Idem.

[3] Ibid., p. 34.

[4] Ibid., p. 39.

[5] Marie Bertherat et Martin de Halleux, 100 ans de lingerie, Bruxelles, Atlen, 1996, p. 20.

[6] Idem.

[7] Ibid., p. 36.

[8] Ibid., p. 53.

[9] Ibid., p. 56.

[10] Pedersen,op. cit., p. 64.

[11] Ibid., p. 69.

[12] Ibid., p.76.

[13] Ibid., p. 81.

[14] Ibid., p. 85.

[15] Ibid., p. 94.

[16] Ibid., p. 106.

 

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2 commentaires sur “De la brassière au push-up

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Cette entrée a été publiée le 15 février 2016 par dans Histoire, et est marquée , , , , , .
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