HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

Une critique politique du tree planting: le sexisme au quotidien

Partie 1: Le consentement sexuel en tree planting

Ce texte est le deuxième d’une série de trois articles, ayant tous pour thème le tree planting. Ils abordent divers enjeux politiques associés à la réalité de cet emploi particulier. Afin de mieux comprendre ce dont il est question dans le présent article, il est suggéré de lire l’article précédent, qui fait une mise en contexte de la réalité spécifique au tree planting. 

Quand emploi et vie privée s’entremêlent – le sexisme au quotidien

Outre les enjeux à propos du consentement sexuel qui ont été abordés dans l’article précédent, il importe de mettre en lumière d’autres manifestations des rapports sociaux de sexe et de genre que j’ai pu observer au cours de mes huit semaines de travail en tree planting. J’ai effectivement eu l’occasion de vivre et d’être témoin de situations variées qui, selon ma perspective, s’inscrivaient dans une dynamique hétéropatriarcale.    

D’abord, j’ai senti que le fait d’être une femme considérée comme célibataire dans un milieu où nous étions déjà minoritaires a eu un impact sur la manière dont les hommes entraient en relation avec moi. En effet, à un moment dans la saison, je me suis retrouvée à me faire séduire, me faire demander des rapprochements physiques, me faire proposer des dates par des hommes avec lesquels j’avais à peine discuté. J’ai trouvé difficile, en tant que femme qui n’était pas en relation exclusive avec un homme ou une femme présent.e sur place, de créer des relations amicales avec beaucoup de mes collègues de travail masculins. Comme si je devenais nécessairement une option intéressante pour une relation de séduction. Comme si, aussi, j’étais nécessairement attirée ou intéressée par les hommes dans un contexte d’intimité. C’était frustrant et ça a créé beaucoup de malaises. À un moment, ça m’a même enlevé l’envie de tenter de créer des liens avec plusieurs hommes du camp, de peur que leur intérêt à mon égard ne soit motivé que par des intentions sexuelles. J’étais devenue méfiante et j’ai trouvé ça très dommage.

Sexisme forêt

Ensuite, outre l’aspect séduction, il est impressionnant de voir à quel point certains hommes du groupe ont été réactifs de se retrouver avec une femme comme supérieure. En effet, dans l’équipe de management, trois équipes sur six étaient gérées par des femmes. Se faire critiquer, se faire dire quoi faire ou comment travailler par une femme a généré des réactions violentes et méprisantes de la part de quelques hommes. L’un d’entre eux a même demandé de changer d’équipe pour plutôt avoir un homme comme supérieur… ce qu’il a obtenu. Si ce n’était pas une majorité qui réagissait ainsi, il semble tout de même important de le soulever.  Dans le même ordre d’idées, il est arrivé à plusieurs reprises que mes idées ou mon opinion concernant le travail à faire ne soient pas écoutées par des hommes, qui croyaient bon de se faire confirmer mes propos par l’un de leurs comparses masculins avant de les considérer comme crédibles. Ce genre de situations, d’autres femmes planteuses m’ont confirmé que cela leur était également arrivé à plus d’une reprise.

Aussi, je dois dire qu’il était plutôt exaspérant de voir le nombre faramineux de pénis dessinés au marqueur permanent partout dans les bécosses et les autobus (qui nous servaient de moyen de transport quotidien). Il semble que je n’aie pas été la seule à me sentir ainsi, car un matin, lors de l’embarquement, nous avons pu constater qu’un commando de femmes s’était affairé pendant la nuit à équilibrer le tout en dessinant des vulves partout dans les autobus, dessins accompagnés d’une description offrant en prime à messieurs une petite leçon d’anatomie. Ce qui m’a fait sourire a choqué plusieurs hommes qui, sentant peut-être leur pouvoir menacé, ont décidé la nuit suivante de barbouiller encore davantage de pénis dans les autobus. Franchement, il fallait bien qu’ils réaffirment leur domination phallique!

D’un autre côté, je dois toutefois souligner que malgré toutes ces situations sexistes frustrantes,  j’ai également vécu quelques petites surprises agréables. Par exemple, je n’ai pas vraiment eu le sentiment d’être traitée ou regardée comme une pauvre chose fragile et faible de laquelle l’on devait prendre soin. Personne ne remettait en question le fait que nous pouvions faire le même travail physique que les hommes présents. Aussi, je n’ai pas senti que je devais me restreindre à adopter des règles de convenance soi-disant « féminines » comme éviter de roter ou encore prendre soin de mon apparence physique parce que j’étais une femme. Je n’ai pas non plus senti que l’on me jugeait sur ma consommation d’alcool (parce qu’on sait bien, les gars, ça boit plus!). Il y avait aussi une forme d’entraide qui transcendait souvent les rapports sociaux de sexe ce qui m’a, à plusieurs reprises, fait du bien au moral.

Partie 3: Analyse d’un point de vue anticapitaliste, environnementaliste et anticolonialiste

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2 commentaires sur “Une critique politique du tree planting: le sexisme au quotidien

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Cette entrée a été publiée le 12 avril 2017 par dans Non classé.
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