HYÈNES EN JUPONS

Collectif féministe qui dérange pour transformer

La grossesse, les tests et les choix

Une grossesse, ça commence par un test qui nous amène à prendre des décisions sur tellement de petits et de gros trucs qui ont des répercussions sur notre santé et notre bien-être. Et pour une fille qui a de la difficulté à choisir quoi manger au resto, quel modèle de lunettes ou quelle couleur peindre ses murs, et bien ça peut devenir rushant, mais surtout stressant. Puis le stress ce n’est pas bon pour le bébé donc on essaie d’éviter… Je suis actuellement dans un moment particulièrement stressant et j’avais envie de prendre un peu de recul pour réfléchir à ce choix, mais aussi aux pressions qu’on nous met et qu’on se met aux différentes étapes de la grossesse notamment en lien avec les tests.

Au début, c’est le choix ou non de passer le test de grossesse. Moi-même, je me suis dit que je devais juste être encore en retard ou que j’étais trop stressée par mes remises de travaux. Mais à un moment donné, je me suis dit qu’il valaitmieux que je passe un test de grossesse si je ne voulais pas me sentir mal de (trop) boire d’alcool à un party. Ensuite, après avoir eu le test de grossesse qui dit « oui oui, tes règles n’ont pas seulement du retard, elles sont suspendues par la présence d’un petit être », il faut faire un choix, en fait des choix.

testPour certaines un test positif ça veut dire « OMG qu’est-ce que je fais?! » Dans ce cas, les questions sont multiples. Est-ce que je le veux? Est-ce que je me sens prête et capable à avoir un enfant? Est-ce que et comment j’en parle à mon ou mes partenaires? Est-ce que je demande conseil à un-e ami-e? Est-ce que je vais voir une organisation communautaire pour m’aider à cheminer? Puis, si j’opte pour une interruption de grossesse, qui va m’accompagner? Est-ce que j’en parle autour de moi? Lorsque la grossesse est prévue, comme dans mon cas, les décisions sont moins déchirantes, en fait c’est un moment de joie et de célébration! Mais c’est en poursuivant la grossesse que j’ai constaté que les choix déchirants arrivaient plus tard.

Pendant les trois premiers mois, il y a les risques de fausse couche. Il faut savoir qu’entre 10 et 20% des grossesses se terminent en fausse couche et pour la plupart, c’est pendant le premier trimestre. Devant ce risque, certaines font le choix de ne pas l’annoncer à leur entourage parce qu’elles n’ont pas envie de devoir annoncer, quelques semaines plus tard, une mauvaise nouvelle. Donc, pendant trois mois, tu inventes toutes sortes d’histoires pour expliquer pourquoi tu ne bois pas, pourquoi tu as l’air plus fatigué, pourquoi tu es allée vomir dans les toilettes du bureau, etc. J’avoue qu’au début, je voulais attendre avant d’annoncer la nouvelle aux gens autour de moi. Je me souviens que pendant une soirée entre ami-e-s, je buvais un vodka soda (pas de vodka) parce que je n’avais pas envie d’expliquer/mentir sur ma non consommation d’alcool. Puis, comme par hasard, une fille m’a parlé de son expérience de fausse couche. Elle m’avait dit qu’elle était tellement contente d’avoir parlé de sa grossesse à son entourage pendant les premières semaines, parce que le jour où sa grossesse s’est terminée, et bien elle savait qu’elle pourrait en parler et avoir du support pour faire son deuil. C’est là que j’ai réalisé qu’en 2017, les fausses couches, c’est tabou. Cette discussion a fait en sorte que j’ai fait le choix de commencer à graduellement parler de ma grossesse autour de moi. J’avoue que quand le premier trimestre s’est terminé, j’ai quand même été ultra soulagée.

Dans les premières semaines, il faut prendre des décisions concernant le suivi avec un‑e professionnel-le de la santé. Est-ce que j’essaie d’avoir une sage-femme pour avoir un suivi qui correspond plus à mes valeurs? Est-ce que j’essaie d’avoir mon suivi avec un-e médecin qu’une amie recommande?  Considérant le nombre de rendez-vous pour les prochains mois, est-ce que je choisis un-e médecin pas loin de chez moi ou de mon travail? Mais compte tenu de l’engorgement du système de santé, est-ce que j’ai vraiment le choix? Je pense que ce sont plus des souhaits qui parfois se réalisent. Dans mon cas, j’ai commencé avec une médecin pour ensuite avoir l’appel de la maison de naissance qui m’a annoncé que j’avais une place avec une sage-femme.  

Mes principaux souvenirs du premier rendez-vous avec la médecin, c’était l’interminable questionnaire/interrogatoire sur mon historique médical/familial/social, mais surtout la shit load de requêtes pour aller passer des tests de sang et d’urine. Après coup, quand j’ai rencontré ma sage-femme, elle m’a appris que j’avais le droit de choisir de faire ces tests puisque je dois donner mon consentement à tout acte médical. Mais, en général, on tend à nous les présenter comme une obligation pour pouvoir être suivie et être admise le jour de l’accouchement. Le seul test pour lequel j’ai senti qu’on m’a donné le choix, c’était celui pour dépister la trisomie 21. En fait, c’est le seul test où on a demandé mon consentement écrit. Pour ma part, j’avoue ne pas avoir tant réfléchi avant de signer ce formulaire, ça me semblait être le choix responsable que de faire un ensemble de tests pour mieux connaître l’état de mon futur enfant. J’ai donc fait les tests qui sont des prises de sang et une échographie.

Les semaines passent et puis de nouveaux choix se posent : demander ou non le sexe, commencer à penser au nom, se demander si on doit déménager, choisir si et où on se met sur une liste d’attente pour une place en garderie, comment gérer le congé de parentalité, acheter des vêtements de maternité ou porter des vêtements plus amples, utiliser des couches lavables ou jetables, etc. Pour moi, ces décisions-là n’étaient pas trop stressantes, j’ai lu des blogs (parce qu’il y en a du blog de mamans sur les internet), j’en ai jasé avec mon partenaire et, en fait, c’est le gros du small talk que je fais sur ma grossesse avec mes proches.

Puis il y a quelques jours, je me suis retrouvée complètement confrontée par la multiplication des tests. Pour parler un peu de mon cas, lors de mon échographie de routine, ils ont découvert un retard de croissance. Selon les spécialistes, ce retard pouvait être lié à (a) la trisomie 21, (b) des troubles de développement squelettiques ou (c) au fait que le bébé allait être simplement petit. À ce moment-là, j’ai un peu commencé à capoter. On m’a rapidement fait rencontrer une généticienne qui m’a expliqué qu’il s’agissait de risques minimaux et que si je voulais avoir davantage de certitude sur l’état du fœtus et bien je pouvais passer d’autres tests dont l’amniocentèse. Bien que les risques soient minimaux, ces informations m’ont quand même fait pleurer, stresser, mais aussi me sentir mal. Pour l’anecdote, quand je suis sortie de l’hôpital en larmes après mon rendez-vous chez la généticienne et bien j’ai, comme par hasard, croisé une dizaine de mamans toutes souriantes qui se baladaient avec leurs enfants handicapés. À ce moment-là, je me suis sentie lâche, égoïste et surtout capacitiste de stresser avec un risque minimal d’avoir un enfant différent.

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Pour certaines, les tests médicaux sont une façon de se rassurer et d’avoir plus d’informations pour prendre une décision éclairée. Mais pour d’autres, ces tests sont une source incontrôlable de stress. Au début, j’étais dans le premier clan : je me disais que je préférais passer des tests pour savoir, pour pouvoir interrompre lagrossesse ou encore me préparer dans l’éventualité où le bébé serait différent. Mais, quand j’ai commencé les procédures en vue de l’amniocentèse, j’ai figé, j’ai repoussé de quelques semaines, mais surtout j’ai pleuré. En fait, chaque fois que j’en parlais autour de moi ou que je pensais au fait de passer le test, mes yeux se remplissaient sans que je sois capable d’expliquer ce que je ressentais. Les hormones de grossesse ont probablement un grand rôle dans cette réaction. Mais c’est là que j’ai réalisé que pour le bien de ma santé mentale, j’avais le droit de changer de camp et de refuser de passer ces tests pour en avoir le cœur net. Depuis, je me sens bien plus légère et j’ai retrouvé ma capacité à répondre en souriant à la question : puis comment ça va la grossesse?

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Cette entrée a été publiée le 28 mai 2017 par dans Santé, sexualité, et est marquée , , , .

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